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jeudi 25 août 2011

Jack Layton (1950-2011)


Jack Layton, chef de l'opposition officielle à la Chambre des communes, s'est éteint le 22 août, entouré de ses proches. Il laisse dans le deuil notamment sa conjointe et collègue du NPD Olivia Chow.

Il a eu une carrière politique très chargée, mais tout de même inachevée. Il aura été chef de l'opposition officielle pendant quelques mois et n'aura pas beaucoup côtoyé sa nouvelle députation. Il a réussi à transformer le NPD d'un parti socialiste relativement marginal à un parti de centre-gauche pragmatique formant l'opposition officielle à Ottawa. Il a complètement transformé la donne au Québec, grâce au recrutement de Thomas Mulcair, à la compréhension de sa particularité et à sa grande détermination. Mais ce que les gens se rappelleront le plus de lui, c'est son sourire intarissable, sa chaleur humaine et son respect de l'adversaire. Il provient en effet d'une famille située à la droite de l'échiquier politique.

En 2003, il succède à Alexa McDonough à la tête du NPD, après une carrière de plus de 20 ans comme conseiller municipal à Toronto. À partir de ce moment, il réussit à améliorer les résultats de ce parti socialiste et à faire des négociations avec les libéraux de Paul Martin et les conservateurs de Stephen Harper en fonction des priorités du parti. Et malgré le traitement d'un cancer de la prostate et une hanche défaillante, il réussit à la surprise générale aux élections de 2011 à pratiquement rayer de la carte le Bloc québécois dans la Belle Province et à devenir chef de l'opposition officielle, grâce à l'obtention de 59 sièges au Québec sur une possibilité de 75.

Quelques semaines après une fin de session parlementaire éprouvante, marquée par les négociations entourant les conflits de travail à Postes Canada et Air Canada, c'est un Jack Layton amaigri avec une voix chancelante qui apparaît devant les médias. Il annonce qu'il souffre d'un deuxième cancer et qu'il doit céder les rennes du parti de façon temporaire. Il suggère la candidature de Nycole Turmel, ancienne présidente de l'Alliance de la fonction publique du Canada, pour assumer ses fonctions par intérim.

Avec le décès de Jack Layton, il faut maintenant lui trouver un successeur. Ce dernier devrait entrer en fonction au début de l'année 2011. Entre autres candidatures, Thomas Mulcair est la plus sérieuse. Il faut un chef bilingue qui connaît bien le Québec et qui a de l'expérience politique, afin d'appuyer les députés néophytes du NPD. Le député ontarien Paul Dewar serait aussi intéressé à entrer dans la course, de même que Libby Davies de la Colombie-Britannique. Il pourrait aussi y avoir des candidatures de l'extérieur, mais elles manqueront de temps pour se faire connaître.

Avant de rendre l'âme, Jack Layton a rédigé une lettre d'adieu. Je vous conseille de la lire, elle est très touchante.


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La lettre d'adieu de Jack Layton



Le 20 août 2011, Toronto, Ontario

Chers amis,

Des dizaines de milliers de Canadiens m'ont fait parvenir des mots d'encouragement au cours des dernières semaines. Je tiens à remercier chacun d'entre vous pour vos cartes, vos notes et vos cadeaux si magnifiques, si inspirants, si attentionnés. Vos bons sentiments et votre amour ont éclairé mon foyer et ont renforcé mon courage et ma détermination.

Malheureusement, mes traitements n'ont pas eu les effets escomptés. Je remets donc cette lettre à Olivia afin qu'elle la partage avec vous dans l'éventualité où je ne pourrais continuer.

Je recommande que Nycole Turmel, députée de Hull-Aylmer, continue son travail à titre de chef intérimaire jusqu'à ce qu'une ou un successeur(e) soit élu(e).

Je recommande au parti de tenir un vote quant au leadership du parti le plus tôt possible dans la nouvelle année, en s'inspirant de l'échéancier de 2003, afin que notre nouveau ou nouvelle chef ait amplement le temps de reconsolider notre équipe, de renouveler notre parti et notre programme, et puisse aller de l'avant et se préparer pour la prochaine élection.

Quelques mots additionnels :


Aux Canadiens qui se battent contre le cancer pour continuer à profiter pleinement de la vie, je vous dis ceci : ne soyez pas découragés du fait que ma bataille n'ait pas eu le résultat espéré. Ne perdez pas votre propre espoir, car les thérapies et les traitements pour vaincre cette maladie n'ont jamais été aussi évolués. Vous avez raison d'être optimistes, déterminés et convaincus face à la maladie. Mon seul autre conseil est de chérir tous les moments passés auprès de ceux qui vous sont chers, comme j'ai eu la chance de le faire cet été.

Aux membres de mon parti : nous avons obtenu des résultats remarquables en travaillant ensemble au cours des huit dernières années. Ce fut un privilège d'être le chef du Nouveau Parti démocratique et je suis très reconnaissant pour votre confiance, votre appui et vos innombrables heures consacrées à notre cause. Il y a des gens qui vont essayer de vous convaincre d'abandonner notre cause. Mais cette dernière est bien plus grande qu'un chef. Répondez-leur en travaillant encore plus fort, avec une énergie et une détermination sans précédant. Rappelez-vous de notre fière tradition de justice sociale, de soins de santé universels, de régime de pensions publiques, et des efforts que nous faisons pour nous assurer que personne ne soit laissé pour compte. Continuons d'aller de l'avant. Démontrons dans tout ce que nous faisons au cours des quatre prochaines années que nous sommes prêts à servir les Canadiens en formant le prochain gouvernement.

Aux membres de notre caucus : j'ai eu le privilège de travailler avec chacun d'entre vous. Nos rencontres du caucus ont toujours été le moment fort de ma semaine. Cela a été mon rôle d'exiger le plus possible de votre part. Et maintenant je le fais à nouveau. Les Canadiens vous porteront une attention toute spéciale dans les mois à venir. Chers collègues, je sais que vous rendrez les dizaines de milliers de membres du NPD fiers en démontrant la même éthique de travail et la solidarité qui nous ont mérité la confiance de millions de Canadiens lors de la dernière élection.

À mes concitoyens québécois : le 2 mai dernier, vous avez pris une décision historique. Vous avez décidé qu'afin de remplacer le gouvernement fédéral conservateur du Canada par quelque chose de mieux, il fallait travailler ensemble, en collaboration avec les Canadiens progressistes de l'ensemble du pays. Vous avez pris la bonne décision à ce moment-là. C'est encore la bonne décision aujourd'hui et restera la bonne décision au cours des prochaines élections, lorsque nous réussirons, ensemble. Vous avez élu une superbe équipe de députés du NPD qui vous représenteront au Parlement. Ils vont réaliser des choses remarquables dans les années à venir afin de faire du Canada un meilleur pays pour nous tous.

Aux jeunes Canadiens : toute ma vie j'ai travaillé pour améliorer l'état des choses. L'espoir et l'optimisme ont caractérisé ma carrière politique, et je continue à être plein d'espoir et d'optimisme quant à l'avenir du Canada. Les jeunes Canadiens ont été une grande source d'inspiration pour moi. J'ai rencontré plusieurs d'entre vous et discuté avec vous de vos rêves, de vos frustrations, et de vos idées de changement. De plus en plus d'entre vous être impliqués en politique parce que vous voulez changer les choses pour le mieux. Plusieurs d'entre vous avez choisi de faire confiance à notre parti. Alors que ma carrière politique s'achève, j'aimerais vous transmettre toute ma conviction que vous avez le pouvoir de changer ce pays et le monde. Plusieurs défis vous attendent, de l'accablante nature des changements climatiques à l'injustice d'une économie qui laisse tant d'entre vous exclus de la richesse collective, en passant par les changements qui seront nécessaires pour bâtir un Canada plus solidaire et généreux. Votre énergie, votre vision et votre passion pour la justice sont exactement ce dont ce pays à aujourd'hui besoin. Vous devez être au coeur de notre économie, de notre vie politique, et de nos plans pour le présent et pour l'avenir.

Et finalement, j'aimerais rappeler à tous les Canadiens que le Canada est un magnifique pays, un pays qui représente les espoirs du monde entier. Mais nous pouvons bâtir un meilleur pays, un pays où l'égalité, la justice et les opportunités sont plus grandes. Nous pouvons bâtir une économie prospère et partager les avantages de notre société plus équitablement. Nous pouvons prendre mieux soin de nos aînés. Nous pouvons offrir à nos enfants de meilleures perspectives d'avenir. Nous pouvons faire notre part pour sauver l'environnement et la planète. Nous pouvons réhabiliter notre nom aux yeux du monde. Nous pouvons faire tout ça parce que nous avons enfin un système de partis politiques fédéraux qui nous offre de vrais choix; où notre vote compte; où en travaillant pour le changement on peu effectivement provoquer le changement. Dans les mois et les années à venir, le NPD vous proposera une nouvelle et captivante alternative. Mes collègues du parti forment une équipe impressionnante et dévouée. Écoutez-les bien, considérez les alternatives qu'ils proposent, et gardez en tête qu'en travaillant ensemble, nous pouvons avoir un meilleur pays, un pays plus juste et équitable. Ne laissez personne vous dire que ce n'est pas possible.

Mes amis, l'amour est cent fois meilleur que la haine. L'espoir est meilleur que la peur. L'optimisme est meilleur que le désespoir. Alors aimons, gardons espoir et restons optimistes. Et nous changerons le monde.

Chaleureusement,

Jack Layton

lundi 13 juin 2011

L'avenir du Parti libéral du Canada


La débâcle des élections du 2 mai est simple à illustrer : c’est le pire résultat de l’histoire du Parti libéral du Canada. Au Québec, il ne lui reste que quelques députés à Montréal. À court terme, le parti n’envisagera pas de fusion avec le NPD, car il n’accepterait jamais de se fusionner avec un parti qui compte plus de députés. C'est la même chose pour le NPD, qui savoure l'opposition officielle. Bob Rae vient d'être désigné chef par intérim pour une période d'un an et demi. Le parti a raison de prendre son temps avant de nommer un chef permanent. À quoi bon en brûler un autre, qui sera de toute façon chef du deuxième parti d'opposition pendant quatre ans? Il vaut mieux rebâtir et attendre qu'un chef émerge du parti.

Maintenant, à moyen et à long terme, pourquoi ne pas songer à une fusion avec le NPD? Le Parti libéral aura de la difficulté à être majoritaire avec une division de la gauche. De toute façon, sauf sous le court règne Paul Martin, il a toujours penché plus du côté de la gauche que de la droite. Évidemment, certains libéraux de centre-droit seront tentés de se joindre aux conservateurs, mais le gain chez les néodémocrates en vaudra grandement la peine.

Le Parti libéral doit aussi revoir sa position constitutionnelle. Si l'attitude hyper-centralisatrice des libéraux a fonctionné sous l'ère Trudeau-Chrétien, le repositionnement du Québec de l'axe sur la souveraineté vers l'axe gauche-droite désavantage grandement ce parti, qui n'a plus sa raison d'être au Québec et en Ontario, et qui est trop à gauche pour l'Ouest canadien. Il ne faut pas oublier que le scandale des commandites provient de cette manie de mettre des drapeaux du Canada à différents événements pour augmenter l'appui au fédéralisme. Donc, à moins d’une autre crise constitutionnelle, les libéraux doivent incarner une alternative gauchiste aux conservateurs pour remonter. Et pour cela, ils devront aller chercher le Québec, dont les électeurs sont généralement en accord avec les mesures de centre-gauche.

samedi 21 mai 2011

L'avenir du Bloc québécois


À la suite de sa maigre récolte de quatre sièges, le Bloc québécois doit faire un sérieux examen de conscience et songer à son avenir. Heureusement, rien ne presse, il dispose d'un mandat majoritaire pour y songer. Aucune option ne doit être écartée. Un récent sondage doit les encourager : l’appui à la cause souverainiste n’a pas diminué, il se situe autour de 43 pour cent. De plus, la vague orange ne traduit pas une dérive de l’électorat vers la gauche ou vers le fédéralisme.

Ce résultat difficile à digérer mettra en branle une vaste réflexion, qui, à l’image de ses militants, sera bruyante et compliquée. Des ténors souverainistes songent à renommer le Bloc le Parti québécois et à garder le même chef pour les deux partis politiques. Pour l’instant, Pierre Paquette a déjà manifesté son intérêt à succéder à Gilles Duceppe, mais c’est un peu rapide. Le Bloc québécois n'est plus reconnu à l'Assemblée nationale, ce qui diminuera les budgets de recherche et les questions.

jeudi 5 mai 2011

Analyse des élections fédérales


Je suis franchement surpris que le résultat des élections en étonne plusieurs, y compris des analystes politiques expérimentés. Bien plus que la déconfiture du Bloc québécois et du Parti libéral du Canada, ces élections confirment un réalignement de l'échiquier politique canadien, et j'oserais dire québécois.

Traditionnellement, dans la grande majorité des pays démocratiques, les principaux partis politiques se sont définis en fonction de l'axe gauche-droite, qu'elle soit économique ou morale. Or, le Canada, depuis les années Trudeau et Lévesque, se définissait plutôt en fonction de la position constitutionnelle du Québec, d'où la force du Bloc québécois.

Lundi, avec l'élection d'un gouvernement conservateur majoritaire et la formation du NPD comme opposition officielle, nous avons assisté à une polarisation droite-gauche. La chute du Parti libéral n'est pas étrangère à ce changement. Les principaux sièges arrachés par les conservateurs et les néodémocrates au profit des "partis constitutionnels" l'ont été au Québec et en Ontario, les deux provinces les plus sensibles à cette question.

Il reste maintenant à voir si ce bouleversement se répercutera à Québec. Si oui, l'Assemblée nationale pourrait accueillir des députés de Québec solidaire et de l'ADQ en plus grand nombre qu'actuellement. François Legault doit frétiller à cette idée.

mardi 3 mai 2011

Résultat des élections fédérales


Stephen Harper obtient un gouvernement majoritaire. Jack Layton devient chef de l'opposition pour la première fois de l'histoire du NPD. Le Parti libéral s'effondre. Gilles Duceppe démissionne de son poste de chef du Bloc québécois, qui est pratiquement rayé de la carte. Elizabeth May devient la première députée du Parti vert.

Cette élection laisse entrevoir un bouleversement du spectre politique. L'opposition traditionnelle souverainiste-fédéraliste (Bloc québécois-Parti libéral) devient maintenant une opposition droite-gauche (Parti conservateur-NPD).

Il n'y a pas beaucoup de changement dans l'Ouest canadien, ni dans les Maritimes. La plupart des gains ont été obtenus en Ontario et au Québec. D'une part, la division du vote de gauche en Ontario a donné aux conservateurs le nombre de députés nécessaires à un gouvernement majoritaire. D'autre part, la vague orange au Québec a permis à Jack Layton de devenir le chef de l'opposition.

Il reste à voir ce qu'il arrivera avec le Parti libéral et le Bloc québécois. Les deux chefs n'ont pas été élus dans leurs circonscriptions. Avec un gouvernement majoritaire, ils auront le temps de songer à leur avenir. La tentation sera forte de relancer le débat sur une fusion de la gauche, mais le Parti libéral n'a plus le gros bout du bâton.

Est-ce que ces résultats annoncent l'avenir de la politique à Québec? Assisterons-nous aussi à un repositionnement de l'échiquier politique? Est-ce que l'opposition sur la Constitution cèdera le pas à celle sur le débat gauche-droite, donc entre une opposition entre l'ADQ et Québec solidaire? Il est encore trop tôt pour se prononcer.

dimanche 20 février 2011

Maxime Bernier, l'ennemi à abattre


Il y a deux semaines, Maxime Bernier a remis en question la pertinence de la Loi 101 lors d'une entrevue à Halifax. Il l'a fait en utilisant des arguments respectant sa ligne de pensée, soit le libertarianisme, qui se résume à ceci : le gouvernement doit intervenir le moins possible, que ce soit économiquement ou socialement. Je ne crois pas qu'il avait prévu cet exemple sur la Loi 101, mais il n'a pas reculé par la suite sur ses dires en expliquant sa position sur son blogue. La Loi 101, toujours selon lui, ne devrait pas être nécessaire pour préserver la langue d'un peuple fier de ses origines.

Il n'en fallait pas plus pour que Maxime Bernier se fasse attaquer par l'élite médiatique et politique nationaliste. On lui a reproché tous les maux du monde. Quelques personnes sont venus à sa défense, comme Joanne Marcotte, Stéphane Gendron, Dominique Dumas et même Jean-François Lisée, mais la grande majorité des chroniqueurs l'ont attaqué sans vraiment avoir d'arguments valides.

Ce n'est pas la première fois que ça se produit pour Maxime Bernier. En avril dernier, une phrase qui allait à l'encontre du consensus des médias (à ne pas confondre avec le consensus québécois) a mis le feu aux poudres. Il avait à ce moment déploré le fait que les Québécois, peuple traditionnellement fier, se contente de recevoir de la péréquation du reste du Canada. On l'a à ce moment traité de tous les noms imaginables et inimaginables. Même le ministre des Finances Raymond Bachand y a mis son grain de sel en qualifiant ses propos de "Québec bashing".

Les deux réactions se ressemblement étrangement, ne trouvez-vous pas?

En général, ce genre d'attaque presque à l'unisson orchestrée contre une seule personne cache un grand malaise. Le moindre qu'on puisse dire, c'est que ses propos dérangent grandement l'élite médiatique. La raison est fort simple : comme je l'ai mentionné précédemment, ils vont à l'encontre du sacro-saint consensus politico-médiatique. De plus, les propos proviennent d'un politicien populaire localement et d'un fier Beauceron. Ainsi, il ne peut pas être identifié à un étranger, à un anglais ou même un fédéraliste, ayant déjà conseillé Bernard Landry. Voir ce document de Frédérick Têtu pour une analyse plus poussée.

Et puisqu'il ne mérite pas un traitement juste et équitable, le tribunal médiatique se rabat sur les insultes faciles et sur deux histoires qui peuvent vaguement le discréditer, soit sa relation avec Julie Couillard et son histoire de Jos. Louis.

C'est dommage, pour une fois qu'on a un politicien qui met cartes sur table, il faut en profiter! Il y a trop de politiciens qui n'osent pas livrer le fond de leur pensée par craintes de représailles, parlez-en à Michel Martin, ancien conseiller politique de Patrick Huot. Même si on n'est pas d'accord avec ce que le politicien beauceron dit, ce qui est mon cas avec la Loi 101, il devrait pouvoir lancer un débat sans qu'on le fustige pour quelques sombres considérations.

Autrefois Jeff Fillion et le Doc Mailloux, maintenant, l'ennemi à abattre, c'est Maxime Bernier. Et tant qu'il aura une tribune, il y aura de fortes réactions lorsqu'il s'exprime. C'est ce qu'on appelle la médiacratie. Mais heureusement, les blogues politiques permettent la liberté d'expression.


Réactions sur les déclarations de Maxime Bernier

Vincent Marissal
Patrick Lagacé
Gilles Proulx (avec Mario Dumont)
XM 172 (Le terrain de jeux de Pascal)
Jean Lapierre
Joseph Facal et Emmanuel Bilodeau
Marie-France Bazzo et Mario Dumont
Pour un monde à droite (Blogue)

mardi 18 janvier 2011

Faits marquants en politique 2010 - National (1re partie)


Faits marquants de l'année 2010 / National (première partie)

5 - Le frère André

Le 17 octobre, le Frère André, né Alfred Bessette, est canonisé à Rome. C'est le premier saint né au Québec. On lui attribue de nombreuses guérisons miraculeuses. Il a fondé l'Oratoire Saint-Joseph à Montréal. Sa mort le 6 janvier 1937 s'est répandue comme une traînée de poudre, et environ un million de fidèles se sont rendus lui rendre un dernier hommage. Lors de la cérémonie de canonisation, près 50 000 personnes se rendent au Stade olympique pour suivre le déroulement du sacrement.

4 - Le décès de Claude Béchard

À la suite d'une récidive d'un cancer du pancréas, le ministre Claude Béchard s'éteint le 7 septembre, à l'âge de 41 ans, près d'un mois après un important remaniement ministériel. Malgré son jeune âge, il a occupé des postes très importants, comme ceux de ministre de l'Emploi, de la Solidarité sociale et de la Famille, de ministre responsable du Développement économique, de l'Innovation et de l'Exportation, de ministre du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs, de ministre des Ressources naturelles et de la Faune et enfin de ministre de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation.

Parmi ses réalisations, notons le plan de lutte à la pauvreté, le plan de lutte à la réduction des gaz à effet de serre, la politique de développement économique, la révision du régime forestier, le dossier des congés parentaux, la nouvelle politique agricole, la réfection de la route 185, la création du Parc national de Témiscouata et l'aréna de La Pocatière.

Un adversaire acerbe et avide de défis, il impressionnait par sa chaleur humaine et sa camaraderie lorsque les caméras de l'Assemblée nationale s'éteignaient. Il était vu par plusieurs comme un futur chef du Parti libéral.

3 - Les gaz de schiste

Au cours de l'automne, une nouvelle expression fait son apparition : les gaz de schiste. Le Québec se rend alors compte que des travaux de prospection ont lieu depuis deux ans à certains endroits, sans aucun débat public ni information gouvernementale. De nombreux intervenants demandent un moratoire sur l'exploration et l'exploitation des gaz de schiste, ce qui est refusé par le gouvernement libéral. Ce dernier tente de calmer le jeu en annonçant des audiences publiques du BAPE.

Des affrontements ont lieu sur la place publique. D'un côté, des environnementalistes craignent pour la contamination de la nappe phréatique en raison des produits chimiques servant à fracturer les roches, et de l'autre, des représentants de l'industrie assurent qu'il n'y a aucun risque et que les retombées économiques seront considérables pour les Québécois.

Moratoire ou pas, l'exploitation n'est pas pour demain. Si des gens sont craintifs, c'est qu'il n'y a pas beaucoup d'information sur le sujet, en raison de la nouveauté de la technique.

2 - La Commission Bastarache

En avril, Marc Bellemare, ancien ministre de la Justice, allègue qu'il a eu des pressions de la part de collecteurs de fonds du PLQ pour nommer des juges. Outré, Jean Charest lui demande de s'expliquer, ce qu'il fait. Peu après, le premier ministre nie catégoriquement ses dires, puis met sur pied une commission. Juge et parti dans cette histoire, il écrit lui-même le mandat de la commission, nomme l'ancien juge Michel Bastarache, libéral notoire dont le cabinet reçoit de nombreux contrats gouvernementaux, puis se permet de commenter le contenu de la commission à l'extérieur des murs.

Lors des audiences, on assiste à des témoignages relativement crédibles de Marc Bellemare et de Jean Charest, avec des intervenants qui corroborent et d'autres qui nient les faits. Quelques révélations sont faites, comme celle du premier ministre qui affirme intervenir dans le processus de décision du ministre de la Justice, contrairement aux gouvernements précédents, libéraux et péquistes confondus. On en apprend plus sur les collecteurs de fonds Franco Fava et Charles Rondeau.

Le rapport de Michel Bastarache sera présenté le mercredi 19 janvier, mais on sait déjà que le commissaire ne blâmera personne.

1 - Les allégations de corruption

Dès le début de l'année, la pression s'accentue sur le gouvernement libéral pour qu'il tienne une commission d'enquête sur les allégations de corruption en construction. Après l'épisode des permis de garderie, qui se solde par le congédiement du ministre Tony Tomassi, les allégations fusent dans les firmes de génie-conseil et les firmes de publicité, toujours en lien avec le financement politique. Farouchement contre l'idée d'une enquête sur la construction depuis le début des allégations, la FTQ fait volte-face et en réclame une.

En plus, des allégations de corruption font leur apparition dans le monde municipal. Entre autres, les maires de Laval, de Mascouche, de Terrebonne et de Saint-Jérôme sont visés. La ville de Québec se retire de l'Union des municipalités, qu'elle juge corrompue.

Le fédéral est beaucoup plus actif que le provincial dans ce dossier. Vers la fin de l'année, des entreprises de Tony Accurso, important entrepreneur en construction, sont accusées de fraude fiscale par Revenu Canada. Lors d'une commission parlementaire à Ottawa, Paul Sauvé affirme que la FTQ est infiltrée par le crime organisé.

Le gouvernement Charest résiste aux demandes nourries de tenir une commission d'enquête sur la construction. Il adopte plutôt des mesures pour calmer le jeu, comme un projet de loi sur l'éthique et la création de l'Opération marteau et de l'Unité anticolluson au ministère des Transports. À ce jour, aucune arrestation n'a eu lieu.

La situation tendue ne devrait pas s'améliorer en 2011. On ne peut pas blâmer les journalistes et l'opposition de faire leur travail.

dimanche 16 janvier 2011

Faits marquants en politique 2010 - National (2e partie)


Faits marquants de l'année 2010 / National (deuxième partie)

10 - Le registre des armes à feu

Après des semaines de jeux en coulisse, le registre canadien des armes à feu est sauvé. De tous les partis politiques, seul le NPD n'impose pas de ligne de parti. Jack Layton ne veut pas mettre certains de ses députés en milieu rural dans le pétrin. Les conservateurs votent en faveur de l'abolition du registre, tandis que les libéraux et les bloquistes s'y opposent.

Le registre des armes à feu, instauré par les libéraux, a coûté plus de deux milliards depuis son existence, alors qu'il devait coûter deux millions à l'origine. Louangé par certains policiers et des groupes féministes, décrié par les chasseurs et les libertariens, ce programme divise les députés urbains et les députés ruraux.

9 - Les sommets du G8 et du G20

Un autre fiasco financier, les sommets du G8 à Huntsville et du G20 à Toronto coûtent plus d'un milliard de dollars, en comprenant la sécurité, les clôtures et les réceptions. En plus, la conclusion n'est pas à la hauteur des attentes : les pays du G20 s'entendent sur la réduction de leurs déficits budgétaires tout en stimulant la reprise économique, ce qui demeure très vague.

De plus, les critiques fusent contre les policiers, qui procèdent à des arrestations arbitraires lors des manifestations à Toronto. En effet, le gouvernement ontarien a adopté un décret augmentant les pouvoirs des policiers durant le Sommet. De nombreuses poursuites judiciaires sont à prévoir.

8 - Le repositionnement de la droite

À la suite du départ de Mario Dumont de la direction de l'Action démocratique du Québec, on tente de lui trouver un successeur. Lors du dépouillement du vote électronique, Gilles Taillon l'emporte à l'arrachée sur Éric Caire. Or, Gilles Taillon, qui n'a pas de siège, ne se montre pas rassembleur, et Éric Caire quitte l'ADQ en compagnie de Marc Picard. Moins d'un mois après son élection, Gilles Taillon est forcé de démissionner, et Gérard Deltell est désigné chef du parti. Il doit reconstruire le parti en lambeaux.

Les problèmes vécus à l'ADQ donnent plus d'espace au discours à la droite du centre, et au cours de l'automne, le Réseau liberté Québec tient une rencontre de réseautage à Québec. Le mouvement de droite est essentiellement formé d'anciens adéquistes comme Éric Duhaime et Joanne Marcotte, qui ne tiennent pas à créer un parti politique. Parallèlement à l'émergence de ce mouvement, des rumeurs veulent que François Legault et Joseph Facal soient sur le point de lancer un mouvement ou un parti politique de centre-droit. On attend toujours des nouvelles.

Pendant ce temps, le chroniqueur politique Éric Duhaime gagne en popularité en pourchassant les syndicats et les autres acteurs de l'immobilisme québécois. Les débats étant autrefois occultés par la question nationale, on assiste à un changement de paradigme en opposant la droite à la gauche, comme dans toutes les sociétés démocratiques. L'année 2010 promet des débats houleux.

7 - L'arrestation de Russell Williams

À la surprise générale, le 7 février, le commandant de la base de Trenton Russell Williams est arrêté. On apprend que ce haut gradé des Forces armées canadiennes est un tueur et un violeur en série. Il est reconnu coupable d'homicides, d'effraction à domicile, de séquestration et d'agressions sexuelles sur des femmes. Il est condamné à la prison à vie le 21 octobre. Des photos de lui portant les sous-vêtements de ses victimes circulent sur Internet et provoquent la consternation. Sous le choc, les Forces armées canadiennes lui retirent ses décorations, et brûlent même son uniforme.

6 - Le déclin du clan Rizzuto

À de nombreuses reprises, des cocktails Molotov explosent dans des pizzerias et des cafés italiens de Montréal. Le modus operandi est sensiblement le même : aux petites heures du matin, la vitrine d'un établissement associé au clan Rizzuto est fracassée, puis un engin explosif est lancé à l'intérieur.

Puis, le 10 novembre, c'est le comble : Nicolo "Nick" RIzzuto, dit le patriarche, est assassiné dans sa résidence par un tireur d'élite. La boucle est bouclée pour le clan sicilien. Rappelons que son petit-fils Nicolo Jr. est abattu le 28 décembre 2009 et que son fils est en prison aux États-Unis. De plus, de nombreux lieutenants se sont fait enlever ou sont portés disparus.

dimanche 7 novembre 2010

Le coquelicot


Depuis quelques jours, des coquelicots blancs sont distribués par des groupes pacifistes, un peu partout au Canada. Selon leurs dires, ils visent à faire la promotion de la résolution de conflits de façon pacifique, et ils sont complémentaires aux coquelicots rouges distribués pour le Jour du Souvenir.

Mais la Légion royale canadienne ne l'entend pas de la même façon. Elle est indignée par cette initiative, et elle demande l'arrêt de sa distribution. Rappelons qu'il appartient à la Légion de s'occuper de la campagne de distribution du coquelicot, qui est traditionnellement rouge, pour honorer la mémoire des combattants fauchés prématurément par la vie.

Il est tout à fait normal de militer pour la paix et la non violence, mais je trouve que cette idée rate sa cible. L'utilisation d'un coquelicot blanc identique au traditionnel peut facilement être interprété comme un manque de respect envers les victimes des guerres. Le coquelicot est un symbole très fort de la démocratie occidentale, mais surtout de commémoration de la fin de la Première guerre mondiale, le 11 novembre 1918, qu'on nomme l'Armistice.

Selon moi, le coquelicot rouge ne fait pas du tout l'apologie de la guerre, au contraire. Donc je ne comprends pas le but de mener une campagne de distribution d'un équivalent pour la paix. Je ne vois franchement pas de lien entre la mission en Afghanistan et le Jour du Souvenir. Je crois qu'il est très possible de militer contre cette guerre, même contre le recrutement militaire dans les écoles, tout en respectant les soldats qui choisissent cette profession, qu'ils soit vivants ou décédés.

mercredi 22 septembre 2010

Le registre des armes à feu


J'ai rarement vu un dossier aussi politique que celui de la loi visant à abolir le registre canadien des armes à feu. En effet, tous les partis ont imposé la ligne de parti, sauf le NPD. Les conservateurs sont en faveur de son abolition, contrairement aux libéraux et aux bloquistes. Le vote sera très serré, à deux ou trois députés près. Jack Layton doit lui-même tenter de convaincre ses députés pour sauver le registre.

Même si le coût du registre est faramineux et que sa pertinence est remise en question, ce dossier est très complexe pour les partis, car il touche des types d'électeurs ciblés. D'un côté, les gens des régions sont dérangés par ce registre, qui entraîne de la paprasse supplémentaire pour les armes de chasse. Un véritable fiasco financier, ce programme a coûté plus d'un milliard de dollars, alors que son coût estimé s'élevait à deux millions de dollars au début. De plus, il n'est vraiment pas certain qu'il a réussi à sauver une seule vie, car la plupart des meurtres sont commis avec des armes illégales provenant du crime organisé ou de réserves amérindiennes.

De l'autre côté, le lobby féministe travaille fort pour le maintenir, pour contrer la violence conjugale, selon leurs dires. Mentionnons qu'il a été implanté quelques années après la tuerie de la Polytechnique. L'argument généralement avancé par ceux qui défendent le registre est qu'il est régulièrement consulté par les policiers, qui peuvent ainsi vérifier s'il y a une arme lorsqu'ils interviennent dans une maison.

En réalité, tous les partis ont des avantages et des inconvénients à l'abolition du registre, tant sur le plan politique que sur le plan idéologique.

Les conservateurs sont en majorité contre le registre, en raison des coûts élevés du programme, de l'implantation par les libéraux et de l'électorat de l'ouest et des régions. Cependant, certains députés urbains et centristes sont ambivalents face à cette abolition, en particulier en Ontario et au Québec.

Les libéraux sont généralement en faveur du registre, car ils l'ont implanté eux-mêmes, ils veulent s'attirer l'électorat de centre-gauche du NPD et ils sont généralement urbains. Par contre, un bon pourcentage de députés est contre ce registre, qui coûte cher et qui est plus ou moins efficace.

Les néodémocrates et les bloquistes sont généralement en faveur de son maintien, car ils sont en accord avec le contrôle des armes à feu et ils ont un électorat gauchiste. Par contre, les députés en région font face à beaucoup de grogne.

Il faut dire qu'au Québec, les armes à feu sont déjà contrôlés, ce qui veut dire que ce programme est un doublon. Les partis provinciaux sont donc contents de ne pas avoir à décider de l'avenir du registre, car c'est une patate chaude. Il est très difficile d'être contre la vertu en politique, même si un programme est inutile et coûteux.

jeudi 9 septembre 2010

Le quotient des électeurs


Après le quotient intellectuel, le quotient social, le quotient technologique et le quotient émotionnel, il existe maintenant le quotient des électeurs.

Cette réalité est rarement abordée sur la place publique, mais elle est très importante dans le processus décisionnel des politiciens. Sans être scientifique, fixe ou officiel, les élus en tiennent compte dans leurs choix d'annonces de dépenses publiques, en particulier à la veille d'élections générales, mais parfois aussi lors d'élections partielles.

Pour faire une histoire courte, les conseillers politiques séparent toujours les circonscriptions en fonction de leurs chances de victoire. Si certaines sont assurées (les comtés des chefs de partis) et que d'autres sont impossibles (comme l'Ouest de Montréal pour le PQ), d'autres peuvent changer de partis presque à chaque élection. De ce fait, elles deviennent attrayantes pour le parti au pouvoir, qui n'hésite pas à déployer des efforts et à procéder à des annonces pour aller les chercher.

La croyance selon laquelle "il faut voter du bon bord" est en fait un mythe. Les régions de l'Outaouais et de l'Ouest de Montréal n'ont pas été choyées par le Parti libéral du Québec, même si elles sont rouges. Et c'est la même chose sous les gouvernements péquistes.

Au Québec, les régions qui sont le plus attrayantes pour les partis sont le 450 et la grande région de Québec. Nous en avons un exemple flagrant présentement dans le dossier de l'amphithéâtre et du retour des Nordiques. Régis Labeaume n'a vraiment pas eu de difficulté à convaincre Jean Charest de s'engager à la hauteur de 45 % du coût de la construction du nouveau Colisée, donc environ 180 millions de dollars. Pourtant, en pleine période de prétendue austérité économique, le gouvernement Charest devrait être beaucoup plus hésitant à dépenser, même si le projet est porteur.

Au fédéral, malgré l'importante députation dans la région, c'est plus difficile de convaincre les conservateurs en raison de leur idéologie orientée vers le privé et de l'importance relative de Québec au Canada. Mais je pense que le caucus du Québec va réussir à convaincre les autres députés conservateurs, ce n'est qu'une question de temps. Si une ville de la même grandeur ne figurait pas parmi les comtés prenables, la demande aurait probablement déjà été balayée du revers de la main.

Au fédéral, l'équivalent est plutôt l'Ontario, qui vote tantôt pour les conservateurs, tantôt pour les libéraux. D'ailleurs, c'est presque toujours dans cette province que se décide l'issue des élections. Ce sont donc eux qui reçoivent le plus de promesses et d'investissements lorsque des élections s'en viennent.

La morale de l'histoire : les électeurs d'une même circonscription doivent toujours voter en fonction de leurs intérêts.

samedi 4 septembre 2010

Propagande à l'école : celui qui le dit, celui qui l'est!


Comme ça, selon les bloquistes, les conservateurs font de la propagande à l'école secondaire ? Laissez-moi deviner, ils font de la publicité pour les républicains? Contre l'avortement? Pour la peine de mort? Pour le bouclier antimissile? Pour l'armée? Pour la torture?

Eh! non, c'est bien pire que ça! Les conservateurs ont, tenez-vous bien, fait la promotion aux élèves de deuxième secondaire des parcs nationaux, à l'occasion du 100e anniversaire de Parcs Canada. Et puisque l'éducation est de compétence provinciale, selon la députée du Bloc Carole Lavallée, « c'est de la propagande de la part du gouvernement fédéral et du bureau du premier ministre que d'envoyer une lettre aux écoles en s'adressant aux jeunes comme de futurs leaders du Canada ».

C'est tellement une accusation ridicule que ça ne mérite même pas de réponse. Le gouvernement du Canada fait la promotion de sites historiques du Canada, point à la ligne. Je pense que le Bloc aurait pu facilement trouver d'autre chose pour accuser les conservateurs de propagandistes. C'est à se demander si ces accusations sont un canular.

Pendant ce temps, comme le souligne avec justesse Dimitri Soudas, conseiller de Stephen Harper, à propos du Bloc québécois, " en plus, il se sert de l'argent des contribuables pour aller faire la promotion de la souveraineté aux États-Unis et en Europe. M. Duceppe n'a donc pas de leçon à donner en la matière ». En effet, on se demande vraiment parfois ce que le Bloc fait avec l'argent des contribuables canadiens. Le chef fait la promotion d'une option qui ne dépasse pas tellement 40 % dans les sondages au Québec, mais qui lui donne les deux tiers des sièges en raison de la division du vote fédéraliste. C'est quand même une bonne stratégie que de convaincre les voisins quand on n'est pas capable de convaincre les principaux intéressés d'un concept passéiste qui n'intéresse pas beaucoup les jeunes.

Voici une bonne entrevue sur le sujet.
http://www.radioego.com/ego/listen/5580

mardi 24 août 2010

Tractations et jeux de coulisse en Australie


Les résultats des élections en Australie sont tellement serrés qu'aucun gagnant n'a été déclaré. En fait, les deux partis principaux, le Parti travailliste de la première ministre sortante Julia Gillard (gauche) et la Coalition libérale-nationale de Tony Abbott (droite), arrivent à égalité avec 73 sièges. Le parlement compte 150 députés en tout, donc l'un des deux partis doit convaincre trois personnes parmi les quatre autre élus, parmi lesquels on retrouve trois indépendants et un vert, afin de créer une coalition. Mais même si tel est le cas, la majorité sera fragile, et il pourrait y avoir d'autres élections rapidement. C'est une première pour l'Australie depuis 1940.

En général, les négociations se font entre les chefs des partis concernés, mais dans ce cas, les jeux de coulisse devront se faire à la pièce. Les tractations pourraient durer quelques semaines, ce qui contribuera à l'instabilité du pays. L'Australie devra s'inspirer d'autres pays qui ont dû composer avec des gouvernements minoritaires ou des coalitions, comme le Canada, qui en est à son troisième consécutif. Les deux partis devront faire des concessions pour espérer attirer des députés. Il est toujours difficile de déterminer le parti qui profite de cette situation unique.

Par exemple, au Canada, les coalitions ont souvent aidé le Parti libéral du Canada. En 1972, le gouvernement libéral est défait sur le budget, après une coalition tacite avec le NPD qui a duré un an et demi. Par la suite, les libéraux remportent haut-la-main la majorité aux communes.

À l'opposé, le Parti progressiste-conservateur de Joe Clark est sorti éméché de cette expérience. Minoritaire après les élections de 1979, il a été défait sur une question de confiance en 1980, après seulement 66 jours de session parlementaire. Les témoignages d'anciens politiciens prétendent que les libéraux ne voulaient pas vraiment les défaire. Ils croyaient que les conservateurs s'étaient arrangés avec le créditistes, mais non. De leur côté, les progressistes-conservateurs ne croyaient pas que les libéraux étaient "game" de les reverser, car ils venaient de perdre leur chef Pierre-Elliott Trudeau. Heureusement pour eux, ils ont réussi à le convaincre de revenir pour les élections suivantes, et les libéraux sont devenus majoritaires.

Plus récemment, depuis la réunion de la droite à la fin de 2003, les gouvernements minoritaires n'ont pas donné la majorité requise à un parti. Paul Martin, chef du PLC, a dirigé un gouvernement minoritaire en 2004, suivi du conservateur Stephen Harper en 2006 et en 2008. Tant qu'il n'y aura pas de fusion entre le NPD et le PLC, la situation risquera de perdurer, en raison de la force du Bloc québécois dans la belle province. il faudrait un raz-de-marée libéral ou conservateur pour en arriver à un gouvernement majoritaire.

Espérons que la situation ne sera pas trop difficile en Australie, car l'instabilité politique n'est jamais bonne pour l'économie d'un pays. La plupart des politologues doutent que la coalition ne dure plus d'un an et demi. Mais puisqu'il y a deux partis principaux, il est peu probable que la situation se reproduise, à moins de résultats encore très serrés aux prochaines élections.

jeudi 5 août 2010

Pourquoi pas un peu de politique fédérale?

Comme à chaque rentrée parlementaire depuis la réunification de la droite, des menaces d'élections planent sur le Parlement canadien. Et à moins d'un massacre du Parti libéral de Michael Ignatieff, le gouvernement élu sera encore minoritaire. Et tant que les Québécois voteront à environ 35 % pour le Bloc québécois, ce parti récoltera environ les deux tiers des circonscriptions du Québec, à cause de la division du vote fédéraliste. Et tant que le gouvernement sera minoritaire, il sera paralysé et il ne pourra pas penser à moyen ou à long terme.

Même si les électeurs québécois ne se soucient pas tellement de la politique fédérale, je pense qu'une simple réflexion leur permettrait de voter de façon plus intelligente. Avec le temps, Gilles Duceppe, redoutable politicien, a su adapter son discours. À l'origine formé afin de préparer l'indépendance du Québec, le Bloc québécois est maintenant officiellement un parti qui ne sert qu'à empêcher la majorité de Stephen Harper, dépeint comme un Georges W. Bush du Nord. Le parti ne vise maintenant donc qu'à mettre du sable dans l'engrenage du Parlement canadien, sans toutefois avoir besoin de 50 % des votes plus un comme c'est le cas lors d'un référendum.

Si le Bloc québécois a bel et bien coûté la majorité aux conservateurs lors des dernières élections, je ne pense pas que la force du parti souverainiste est bonne à moyen et à long terme pour la gauche québécoise. Je m'explique : puisque le Bloc québécois divise le vote fédéraliste, cela désavantage aussi le Parti libéral du Canada, parti plus à gauche que le Parti conservateur du Canada. N'oublions pas que les libéraux de Trudeau et de Chrétien ont été majoritaires grâce aux nombreux sièges remportés au Québec. Le Bloc québécois désavantage aussi le NPD, parti encore plus à gauche.

Selon moi, les positions du PLC, du Bloc et du NPD ne sont pas très différentes. À preuve, les nombreux projets de coalition qui font les manchettes depuis quelque temps. Je pense qu'une solide opposition aux conservateurs serait capable de les renverser, mais ce n'est malheureusement pas possible avec la force du Bloc québécois. Les conservateurs dépassent rarement les 40 % dans les intentions de vote, et ils sont concentrés dans l'Ouest du Canada.

À mon avis, le Bloc québécois est devenu un clone du NPD qui ne fait que critiquer le parti au pouvoir, mais qui n'a aucune chance de gouverner. En votant toujours pour ce parti, les Québécois deviennent des gérants d'estrades qui ne profitent pas des avantages de voter pour un parti apte à prendre le pouvoir, ce qui augmente le cynisme. Seule la région de Québec a droit à des promesses intéressantes des libéraux et des conservateurs, car elle n'a pas une clientèle acquise.

mardi 29 juin 2010

Le Sommet du G20

En fin de semaine, les sommets du G8 et du G20 avaient conjointement lieu à Huntsville et à Toronto. Afin de mieux comprendre les enjeux de ces rencontres avec les chefs d'États et de gouvernements des pays les plus riches du monde, je vous propose un peu d'histoire.

Tout a commencé en 1975, avec la formation du G6, qui comprenait les États-Unis, le Japon, l'Allemagne, la France, le Royaume-Uni et l'Italie. Le Canada y a été intégré l'année suivante à la faveur de ses liens privilégiés avec l'oncle Sam. Les pays du G7 se sont rencontrés régulièrement pour discuter d'économie et d'enjeux touchant les pays. Puis, en 1998, la Russie a été intégrée aux autres, et le G8 était créé.

Le Sommet du G20 a été implanté par Paul Martin lorsqu'il était ministre des Finances du Canada. Même si les politiciens ne le diront pas, la tendance au cours des prochaines années ira vers le G20. Il est maintenant difficile de ne pas tenir compte des pays émergents comme le Brésil et l'Inde dans les stratégies économiques. Malheureusement, tout changement comporte des points négatifs : il est difficile d'en arriver à un consensus lorsqu'il y a 20 pays.

En fait, même un consensus entre 8 pays est périlleux! BIen que le contenu des communiqués soit plutôt général, voire banal, tous ceux qui ont participé à cette rencontre s'accordent pour dire que c'est crucial, ne serait-ce que pour le contact humain entre les chefs d'États. Une bonne relation peut faire débloquer les choses lorsqu'un épineux dossier divise deux pays.

Lors des derniers sommets conjoints, les pays ne se sont pas vraiment entendus de façon claire sur les mesures économiques, car ils sont frappés par des réalités différentes. Par exemple, le Canada est déjà sorti de la récession depuis quelque temps, et il a un système bancaire qui fait l'envie du monde entier. Stephen Harper ne voit donc pas l'utilité d'endetter le pays pour relancer l'économie, contrairement aux États-Unis qui sont toujours menacés par la possibilité d'une deuxième crise économique, voire d'une dépression. La situation est totalement différente avec l'Europe, qui est affectée par les dettes de pays en quasi-faillite comme la Grèce et l'Espagne.

Toutes les discussions se font en vase clos, ce qui donne de l'eau au moulin aux manifestants néo-marxistes qui voient dans ces réunions des complots capitalistes afin d'exploiter davantage les pauvres. De plus, puisque les médias n'ont pas accès aux discussions, ils se rabattent sur les manifestations, ce qui donne une grandeur disproportionnée à ce qui se passe à l'extérieur des rencontres.

Le maire de Toronto craignait des dommages lorsque l'endroit des sommets a été annoncé par Stephen Harper. Il n'avait pas tort! Il faudra penser à un endroit difficile d'accès pour les prochaines réunions, soit tout le contraire du centre-ville de Toronto!

De nombreux journalistes le rapportaient lors des événements, une bonne proportion des manifestants était francophone ou québécoise, malgré la tenue de l'événement en Ontario. J'ai mon explication : il est toujours plus facile de trouver des fonds au Québec qu'ailleurs au Canada pour financer des manifestations anticapitalistes (lire communistes). De nombreux syndicats prennent une partie des cotisations des travailleurs pour payer des autobus qui se rendent à ce genre d'événements. Par exemple, la Convergence des luttes anticapitalistes 2010, la CLAC, était de la partie.

J'ose espérer que la majorité des manifestants étaient animés par une bonne foi. Malheureusement, dans ce genre d'événement, l'effet d'entraînement est bien réel, et il y a toujours des groupuscules qui se greffent aux autres pour "foutre la merde". Mals la perception des manifestants dans la population demeure négative. À preuve, 66 % des Canadiens estiment que l'intervention policière était justifiée. Pourtant, de nombreuses arrestations se sont déroulées de façon arbitraire et sans le respect des droits fondamentaux.

Toronto doit donc se remettre de son lendemain de veille : ramasser le verre des vitrines cassées, trouver quoi faire avec les manifestants arrêtés (les accuser ou non, par exemple), et s'arranger avec les commerçants qui ont perdu de l'argent. Le maire a d'ailleurs demandé une aide du gouvernement Harper.

Et en ce qui concerne le gouvernement Harper, même s'il a réussi à montrer un certain leadership en promettant de l'argent pour la santé maternelle et infantile dans les pays défavorisés, il se retrouve avec les critiques de l'opposition pour les coûts incroyablement élevés en sécurité, et avec des critiques des organismes de défenses des droits des personnes pour les arrestations. De plus, le communiqué final n'apporte rien de précis ni de contraignant, ce qui fait douter de la pertinence de la tenue de cet événement.