jeudi 8 mars 2012

Hommage à la femme

Par Rémy Michaud

Nous avons probablement tous déjà discuté des plaisirs de la vie, d’un bon bourgogne autour de fromage de choix, d’un voyage exotique qui nous a faits frissonner. Mais ces discussions nous ramèneront sans équivoque à parler d’une femme qui nous a éblouis.

Discuter d’héroïsme est parfois difficile à gérer! Nous pouvons voir que partout dans le monde, les personnes qui se sont le plus démarquées sont sans contredit la gente féminine. Même s’il y eut des milliers d’hommes accomplissant des exploits, il n’en reste pas moins que ceux accomplis par certaines femmes sont, à mes yeux, des plus héroïques, car pendant longtemps, les gestes posés par les femmes sont passés inaperçus. Lorsque certaines ont eu la possibilité de se démarquer, ces gestes sont devenus totalement héroïques.

« Derrière chaque grand homme se cache une femme ». Et si j’inversais les rôles en mettant de l’avant des femmes qui m’ont impressionné? Allons-y.

Dans le domaine des sports, pensons à Nadia Comaneci, qui a stupéfié le monde aux JO de 1976, ou Édith Piaf, qui a su mettre sa vie tout entière dans l’interprétation de ses chansons. Pensons aussi à Brigitte Bardot, qui est devenue une icône de par sa beauté, son talent et sa conscience environnementale. Yoko Ono a été la muse d’un homme célèbre, John Lennon. D’ailleurs, quel homme a été la muse d’une femme célèbre? Sur le plan des sciences, pensons à Marie Curie, chercheuse, première récipiendaire de deux Prix Nobel, qui y laissa sa vie tout en sachant que ses recherches allaient la tuer. Même dans la culture populaire, la femme est mise de l’avant : Homer a beaucoup de chance d’avoir sa Marge Simpson dans les parages!

Dans l’histoire, quel homme peut prétendre avoir vaincu César? Aucun! Par contre, seulement avec sa beauté et son charisme, Cléopâtre le vainquit sans pitié! Et que dire de tous ces hommes d’aujourd’hui qui ont, derrière eux, leur acolyte féminine pour les aider à surmonter tous les obstacles de la vie qui seraient sans issue sans l’aide de celles-ci?

Quelle leçon, nous les hommes, devons-nous en tirer? Que derrière chaque homme se dresse une femme qui a une voix, un pouvoir, un talent qu’il faut mettre de l’avant!

Journée de la femme

Par Julie Massé

Une journée comme celle-ci est à célébrer. Pendant des années, nous avons eu à nous battre pour avoir ce dont nous jouissons présentement. Grâce à un groupe de femmes, notre civilisation a réussi à s’ouvrir les yeux pour l’égalité des sexes, mais il y a encore des efforts à mettre car plusieurs pays ne sont pas chanceux comme le nôtre. Plusieurs femmes à travers le monde subissent de la discrimination de la part des hommes. C’est pour cette raison qu’il ne faut pas lâcher et continuer ce que les femmes avant nous ont commencé.

L'équité salariale

Par Marie-Ève Harrison

Dans le cadre de mon emploi actuel, j’ai été initiée aux notions entourant la Loi sur l’équité salariale, puisque nous avons dû en faire l’exercice afin de nous conformer à la Loi sur l’équité salariale, exercice désormais obligatoire depuis 2010. D’entrée de jeu, je croyais que l’équité salariale concernait l’équité entre les gens qui occupent des postes similaires. Ce n’est pas tout à fait cela. L’équité salariale consiste plutôt à « attribuer à des emplois traditionnellement occupés par des femmes un salaire égal à celui d'emplois traditionnellement occupés par des hommes, même si ces emplois sont différents, pourvu qu'ils soient de même valeur ou de valeur comparable dans l'entreprise. »

L’objectif de la loi est donc de reconnaître des aspects féminins du travail et de les payer en conséquence.

La grande question est de savoir comment établir des comparables sur lesquels se baser pour évaluer les écarts de salaire. Comme mon objectif n’est pas de vous expliquer les rouages de cette démarche, vous trouverez toutes les explications et les outils nécessaires sur le site de la Commission de l’équité salariale. Résumons toutefois la démarche en trois étapes : identifier les catégories d’emploi et leur prédominance sexuelle, évaluer les catégories en leur octroyant un pointage selon des critères établis (qualifications et efforts requis, responsabilités, etc.) et comparer les pointages. C’est l’écart entre les pointages qui déterminera si les catégories d’emplois ont été payées à leur juste valeur. Ce n’est pas un exercice de tout repos, mais le jeu en vaut la chandelle, et pas que sur le plan des remboursements! L’obligation de se conformer à la loi est un message clair : la discrimination entre les sexes au travail sur le plan du salaire n’est plus tolérée.

Est-ce à dire que nous pouvons maintenant nous asseoir sur nos lauriers et affirmer que les femmes sont égales aux hommes dans les milieux de travail ? Malheureusement pas, selon moi, car le salaire, ce n’est pas tout. Si nous pouvons établir des lois afin d’éliminer la discrimination basée sur le salaire, il est impossible de faire des lois pour empêcher la transmission de stéréotypes issus de nos perceptions, nos croyances, notre éducation.

Afin d’illustrer mes propos, réfléchissez à ceci: est-ce que ces paires de mots évoquent des réalités différentes ? Un serveur / une serveuse, un cuisinier / une cuisinière, un coiffeur / une coiffeuse, un enseignant / une enseignante. un mécanicien / une mécanicienne. Peut-être voyez-vous la même chose... de discussions que j’ai eues avec mon entourage, ce qui est loin d’être représentatif de la majorité (Dieu soit loué), j’en conviens, mais qui me permet de constater que certains stéréotypes semblent avoir la couenne dure, d’autres moins.

Vous serez peut-être surpris d’entendre que pour certaines personnes, un serveur est plus approprié dans un grand restaurant tandis qu’une serveuse a sa place dans un établissement plus familial ou bas de gamme. J’ai toutefois le sentiment que cette perception est en voie de disparition. Je ne sais pas si cette tradition est toujours aussi présente en France, mais au Québec, on constate une grande évolution. Même chose dans les cuisines: un cuisinier est parfois perçu comme un chef prestigieux, tandis qu’une cuisinière roule des tartes dans sa cuisine ou fait des buffets de petites sandwichs-salade de patates. Pourtant, on voit beaucoup de femmes aux commandes de cuisines de restaurant et d’émissions culinaires.

Pas besoin de feuilleter beaucoup de magazines féminins pour constater que les hommes ont une belle place sur les podiums internationaux. Être coiffeur serait peut-être plus prestigieux que coiffeuse ? La question est lancée. Par contre, un ami m’a confié que le terme coiffeur, pour lui, référait à un barbier.

Que penser de cette phrase entendue récemment, d’un parent d’un jeune de douze ans : « Enfin, mon gars a un prof homme, il va enfin avoir de la discipline. Tsé un homme, ça se fait plus respecter. » C’est ce genre de perception qui me fait peur. Pourquoi ? Parce que si elle est énoncée devant les enfants, elle ne peut qu’entretenir le stéréotype de la femme faible, ayant de la difficulté à gérer ses émotions et par conséquent sa classe.

Si on se fie à cette affirmation, un prof homme serait meilleur sur le plan de la gestion de classe. De même, il semble que les hommes qui enseignent au primaire soient une denrée rare : en plus d’enseigner différemment (mieux?), ils représentent une figure parentale plus ou moins présente dans certains foyers. Lorsque le père est absent, le prof homme doit-il courir à la rescousse? Non pas parce qu’il est compétent, mais bien parce que c’est un homme?

De même, après un sondage maison, les répondants considèrent que certains métiers devraient être réservés seulement aux femmes (éducatrice en CPE) et d’autres, seulement aux hommes (policier, pompier). Selon moi, l’égalité entre les sexes dans le travail demande d’aller au-delà des stéréotypes : une femme, c’est un être émotif, attentionné, patient, doux. Un homme, ça travaille physiquement, ça soulève de lourdes charges, c’est direct.

Nous avons la chance de vivre dans une société dans laquelle nous avons la liberté de choisir ce que nous voulons faire dans la vie. L’accès à l’éducation est (encore) possible pour tous, que l’on soit riche ou pauvre, homme ou femme. Nous pouvons faire un DEP en soudure, un DEC en éducation spécialisée, un baccalauréat en génie, en médecine, en éducation... Mon opinion est la suivante : dans la mesure où une personne répond aux conditions d’embauche et a la capacité de faire le travail, le sexe n’a absolument aucune importance.

La Loi sur l’équité salariale est un pas-de-géant dans l’établissement de l’égalité entre les sexes sur le plan du travail, un pas qu’il était nécessaire de franchir. Par contre, un obstacle majeur demeure : nous. Nous sommes le principal obstacle à l’atteinte d’une réelle égalité. Lorsque nous penserons à l’extérieur des modèles traditionnels établis, nous pourrons peut-être changer l’image de l’homme et de la femme au travail, les sortir de leur enveloppe stéréotypée et accepter de les voir ailleurs que dans leur rôles traditionnels.

La journée internationale des femmes le 8 mars 2012

Par Gaétane Chabot

Je vais commencer par un aspect monétaire pour illustrer les différences entre les femmes et les hommes au début du 20e siècle.

En 1912 au Québec, le salaire moyen annuel d’un instituteur s’élevait à 550 $ et celui d’une institutrice à 220 $, donc moins de la moitié. Pourquoi?

En fait, il revenait à l’époque aux hommes (pères, maris) à pourvoir aux besoins des femmes. D’où l’importance que les hommes soient mieux payés pour assumer leurs charges familiales. Comme on peut facilement s’imaginer, ce ne sont pas tous les hommes qui étaient aussi responsables.

Cette façon de faire laissait peu de choix aux femmes de l’époque. On se mariait ou on entrait au couvent, sinon on était « vieille fille ». Cette dernière étiquette apportait son lot de responsabilités non payées : s’occuper de ses parents, aider aux relevailles de ses sœurs ou belles-sœurs, etc., autrement dit boucher les trous. Au plan de la réalisation personnelle, cette appellation même n’existait pas à l’époque. Il y avait un cadre rigide à respecter.

On m’a raconté qu’en 1951, mon père, alors commissaire d’école, avait dit à sa bru institutrice, qui devait accoucher vers le 24 juin, que c’était sa dernière année d’enseignement. Effectivement, et ce n’est pas bien loin dans le temps, les institutrices devaient laisser leur travail souvent même en se mariant car la responsabilité de pourvoyeur revenait au mari.

Cependant, dans l’histoire, on a fait appel aux femmes pour travailler dans les usines pendant les guerres, car on manquait de main-d’œuvre masculine. Mais aussitôt la guerre terminée, on renvoyait les femmes à la maison avec la famille.

En résumé, les femmes avaient peu de place à l’époque. Le pouvoir était aux mains des hommes, du moins officiellement, car souvent dans la famille, la femme était plus instruite que l’homme et s’occupait des finances, papiers, etc. Mais c’était un pouvoir non reconnu. Dans les années 1970, les femmes ont revendiqué fortement pour être reconnues tant au plan salarial que social. Je le sais qu’aujourd’hui le féminisme a mauvaise presse. Mais sans cela, la situation des femmes n’aurait pas autant évolué vers l’égalité sur tous les plans. Et le travail n’est pas terminé, il y a des mentalités enracinées. Ainsi, Pauline Marois, pour ne pas la nommer, a travaillé fort pour rester à la tête du Parti Québécois, beaucoup plus qu’un homme, avec les mêmes capacités.

Et si on regarde la situation des femmes, elles sont plus pauvres que les hommes, encore aujourd’hui. Le divorce, les séparations, les salaires plus bas : tout ceci a contribué aux difficultés des femmes à s’en sortir et à s’offrir une vieillesse équitable. Mais elles sont fortes les femmes, elles en ont vu d’autres.

Je parle beaucoup pour les jeunes femmes d’aujourd’hui. Ce n’est pas vrai que le féminisme n’a rien apporté. Sans cette période un peu hystérique il faut l’avouer, les femmes ne seraient pas en nombre important un peu partout : universités, directions, ministres. Et encore, il y a du chemin à faire…

dimanche 4 mars 2012

Spécial Journée de la femme

Pour une deuxième année consécutive, j'annonce un spécial "Journée de la femme". Ainsi, des femmes de différents horizons prendront la plume pour exprimer leurs points de vue face au féminisme.

J'invite celles qui ont une opinion à me la faire part d'ici le 8 mars, peu importe la longueur du texte.

Ne vous gênez pas!

Les textes seront dévoilés sur le blogue le jour J (le 8 mars au matin).

dimanche 8 janvier 2012

Des élections provinciales ce printemps?


Les signes ne mentent pas, Jean Charest sera de la prochaine élection. La promotion de son Plan Nord, l'annonce de la hausse du salaire minimum et ses critiques virulentes envers la Coalition avenir Québec de François Legault vont dans le même sens. Or, même si les libéraux traînent de la patte dans les sondages, il ne faut pas les tenir pour morts. Ils ont plus d'un tour dans leur sac. Mais surtout, c'est eux qui décident du moment du déclenchement des élections, ce qui leur donne un avantage marqué. On pourrait se plaindre pendant des heures du principe plus ou moins démocratique de l'exercice, mais malheureusement, ça ne changera pas la réalité, du moins pour le moment.

Jean Charest a donc en tête deux scénarios en vue des élections, qui comportent à la fois des avantages et des désavantages. Il est difficile de déterminer pour l'instant son choix avec certitude.

Élections au printemps?

En prenant de court la Coalition avenir Québec, encore peu organisée et aux prises avec de la grogne dans les rangs de la possible ex-ADQ, Jean Charest s'assure d'avoir un avantage. De plus, il ne donne pas le temps au PQ d'aller chercher Gilles Duceppe, probable successeur de Pauline Marois. Il ne faut pas non plus perdre de vue la Commission Charbonneau sur la construction, qui n'aura toujours pas commencé ses travaux, ou qui en sera encore à ses premiers balbutiements.

Par contre, si les sondages demeurent très favorables à la troupe de François Legault, c'est-à-dire autour de 40 %, Jean Charest ne sera pas tenté de se jeter dans la gueule du loup. Il pourrait attendre à l'automne, peut-être même au printemps prochain, s'il voit que la CAQ jouit toujours de la faveur populaire.

Et que dire de l'automne?

Le premier ministre déclenchera des élections à l'automne s'il sent ou espère que la CAQ s'essoufle, ou si Pauline Marois quitte le navire péquiste pour se consacrer à ses terres charlevoisiennes. Quant à la commission sur la construction, elle n'aura pas fait tellement de dégâts, car elle doit s'organiser, filtrer les témoins, écouter des témoignages en huit clos, puis viendra le temps du spectacle en public, qui pourrait n'être qu'à la fin de 2012, voire au début de 2013. Les conclusions, quant à elles, ne viendront que bien plus tard, peut-être même à la mi-mandat du prochain gouvernement. Autant dire que Jean Charest n'est pas trop pressé.

En outre, le "grand bâtisseur" a besoin d'une session parlementaire pour démolir François Legault, comme il l'a fait avec succès dans les cas d'André Boisclair, de Mario Dumont et de Pauline Marois. Il aura certes l'avantage de pouvoir dénigrer le chef de l'opposition officielle virtuel à chaque question, ce dernier n'ayant pas une grosse équipe à l'Assemblée nationale, ni de budget de recherche intéressant. Même si la Coalition ratisse large en zieutant des ténors fédéralistes, elle ne compte pour l'instant que des candidats et députés péquistes et adéquistes, ce qui facilitera le travail de Jean Charest.

Je penche donc plus pour des élections à la fin de la présente année, sauf évidemment si la Coalition avenir Québec plonge, ou si Pauline Marois quitte la vie politique.

mardi 13 décembre 2011

La saveur du mois : l'intimidation à l'école


Depuis le décès de l'adolescente Marjorie Raymond, Dieu ait son âme, l'espace médiatique foisonne de références à l'intimidation à l'école. On en vient même à croire, les médias ayant le don d'exagérer certains faits, que ce problème, car il ne s'agit pas d'une problématique, comme le prétendent de nombreux experts qui ne maîtrisent pas la langue de Molière, que ce problème, disais-je, est en progression dans les écoles du Québec.

Plusieurs indices montrent cette nouvelle tendance depuis quelques semaines. Tout d'abord, les politiciens, le PQ en tête, se sont accaparés du sujet, l'ont transformé en une cause qui dans le fond avantage tous les politiciens, car ils ne peuvent qu'être en accord avec toutes les mesures visant à enrayer ce "fléau".

Évidemment, des mesures sont nécessaires afin de diminuer l'intimidation à l'école (j'utilise volontairement le verbe "diminuer" pour demeurer réaliste), comme en améliorant la vigilance des professeurs et en sensibilisant (même si je trouve cette expression galvaudée) les élèves, mais il ne faut pas tomber dans le piège tendu par les politiciens et les forces de l'immobilisme, qui a pour effet d'occulter les autres problèmes majeurs inhérents au système d'éducation, comme le taux de décrochage élevé, la drogue et la piètre qualité de l'enseignement. En mettant l'accent sur l'intimidation, les politiciens évitent de poser les vraies questions qui s'imposent afin de réformer le système.

Le tourbillon médiatique a tellement emporté la raison que la référence est maintenant évoquée à toutes les sauces. Quand c'est rendu qu'un syndicat brandit le spectre de l'intimidation lorsque le gouvernement songe à diminuer l'effectif d'un ministère, généralement par attrition en plus, ça veut dire que c'est la saveur du mois!

Cette histoire me fait penser à un candidat à la mairie d'une petite ville du Québec, lors des dernières élections municipales, qui a mentionné avoir puisé son inspiration dans la victoire du président nouvellement élu de l'époque Barack Obama... quand il était populaire. Il ne faut pas avoir peur des comparaisons!

Pour en revenir au tourbillon médiatique, il s'est accentué depuis l'arrivée des chaînes d'information continue. Loin de moi l'idée de critiquer leur venue, mais je trouve quand même que certains sujets sont trop souvent repris dans tous les angles imaginables et inimaginables. Il manque parfois de diversité dans les médias québécois. Peut-être est-ce en raison du petit marché, je ne saurais dire. Chose certaine, il manque de rigueur.

lundi 31 octobre 2011

Les indignés de Québec


Depuis quelque temps, des militants de la grande région de Québec occupent le terrain de l'Université du Québec dans la Vieille-Capitale. Ils campent pour protester contre le monde financier, en lien avec le mouvement de New York "Occupy Wall Street". Mais contrairement à eux, ils n'ont pas vraiment de revendications précises, du moins, elles ne se rendent pas à mes oreilles de façon intelligible et coordonnée. Si les protestataires sont surtout composés de la clientèle altermondialiste que l'on voit défendre toutes sortes de causes sociales, soit des étudiants de sciences po et des écologistes, il est difficile d'établir des liens entre le système financier américain et celui du Canada, encore moins avec la Ville de Québec.

Ils donnent plutôt l'impression de hippies version moderne qui veulent festoyer en plein air. J'ai personnellement vu peu de gens s'offusquer de leur présence, même les politiciens associés à la droite. Fidèle à son habitude, le maire Labeaume ne prend pas la situation au sérieux. On est loin du maire de New York qui n'est pas très à l'aise avec leur présence. Bien sûr, au début, Michael Bloomberg n'avait rien contre ce mouvement, du moins en apparence, mais il a ordonné aux pompiers et aux policiers de sa ville de retirer les génératrices du camp de fortune des indignés, pour des raisons de sécurité. Il se fie aux conditions climatiques peu avantageuses des prochains jours pour voir les manifestants quitter.

Les principales revendications du groupe de New York est de taxer davantage les riches, de redistribuer la richesse, de restreindre le lobbyisme et de réglementer davantage le système financier.

On peut être en accord ou non avec leurs revendications, mais dans une démocratie, il faut accepter les débats et les manifestations. Malheureusement, en ce qui concerne les indignés de Québec, ça ressemble beaucoup plus à une commune et à un "party" à ciel ouvert qu'à une manifestation coordonnée. Mais je m'opposerai toujours à ce qu'on les chasse, tant et aussi longtemps qu'ils demeurent pacifiques et qu'ils ne coûtent rien aux contribuables.

Quant aux revendications, vous connaissez généralement ma position: elles sont soient inapplicables, ou elles entraînent des conséquences graves sur le prix à la consommation, sur l'emploi ou sur la richesse collective.

lundi 24 octobre 2011

L'intimidation sur les chantiers, la construction et les syndicats


Le spectacle désolant offert par les deux principaux syndicats de la construction cette semaine me fait penser à un spectacle de corrida, où le taureau, en l'occurrence la FTQ-Construction et le Conseil provincial du Québec des métiers de la construction - International, se fait blesser puis mettre à mort par le gouvernement Charest.

Avant le spectacle à proprement dit, il y a une parade pour amadouer les spectateurs, le paseo, qui correspond selon moi à toutes les révélations des journalistes sur l'intimidation sur les chantiers, dont celles de la pertinente émission "Enquête". C'est à ce moment où la plupart des Québécois ont appris la situation grave sur les chantiers.

Lors du tercio de pique, des picadors affrontent le taureau et le blessent à l'aide d'une longue pique, ce qui permet à la fois de l'affaiblir et d'évaluer son comportement. Cela correspond à l'élaboration du Projet de loi 33 sur le placement de la main-d'oeuvre, qui vise à diminuer le pouvoir des syndicats. Après quelques consultations, la ministre Thériault se rend compte que les deux centrales syndicales feront tout pour ne pas qu'il passe. Elle annonce une commission parlementaire afin de ne pas leur donner de raison valable, aux yeux du public, de faire des moyens de pression. Même si le gouvernement annonce qu'il ne reculera pas, il favorise le dialogue avec les syndicats.

Au cours du deuxième acte, le tercio de banderilles, des banderilleros plantent trois paires de banderilles dans le dos du taureau. Cette étape nous emmène dans le vif du sujet, cette semaine, soit celle où la FTQ-Construction et l'International usent d'intimidation (qu'elle soit verbale, économique ou physique) sur les chantiers pour prouver que les changements au placement syndical proposés par le gouvernement afin de contrer cette même intimidation ne sont pas une bonne idée. Les nombreux reportages montrant l'intimidation de façon claire et sans équivoque montrent aux Québécois la réalité des chantiers. Les syndicats se sont pendus avec leur propre corde: voulant dénoncer les médias qui "exagèrent" les cas d'intimidation sur les chantiers de construction, ils usent d'intimidation pour convaincre les médias. Ils ne connaissent peut-être pas d'autres méthodes de contestation, qui sait. Comme le taureau, les centrales syndicales sont très affaiblies par l'opinion publique.

Enfin, lors du troisième tercio, moment auquel les spectateurs assistent à la mise à mort, le matador, après une faena, une série de passes exécutées avec sa muleta, met à mort le taureau par l'estocade portée avec son épée. Dans le cas qui nous concerne, le gouvernement Charest réussit à enlever du pouvoir aux syndicats, à les mettre à l'amende, mais surtout, à avoir fait le ménage dans la construction, avant même le début de la commission d'enquête sur la construction. Les spectateurs sont rassasiés.

Le Projet de loi 33 sur le placement syndical est un pas dans la bonne direction, mais il ne règle qu'une partie du problème de la construction. Le pouvoir est en bonne partie retiré aux syndicats, mais il n'est pas redonné entièrement aux entrepreneurs, plutôt à la Commission de la construction du Québec.

Mais surtout, d'autres problèmes ne sont pas réglés, comme le vote syndical non secret, l'accréditation obligatoire aux syndicats et la réglementation excessive des métiers de la construction. À ce titre, il est déconcertant de constater le nombre élevé de métiers de la construction au Québec, soit 26, quand on compare avec l'Ontario, qui n'en compte que 6. Selon l'économiste Pierre Fortin, l'impact de la Loi R-20 (Loi sur les relations du travail, la formation professionnelle et la gestion de la main-d’œuvre dans l’industrie de la construction) est de 10,5 % sur le total des coûts de construction. Il vaudrait donc la peine pour les finances publiques de moderniser cette loi. (Pour plus d'information, voir cet article)

Il y a aussi des problèmes liés à l'infiltration du crime organisé, à la circulation d'argent au noir, au blanchiment d'argent et au financement des partis politiques, tous liés entre eux d'une façon ou d'une autre. Ce problème est délicat à régler, et surtout très complexe. La seule façon de lutter contre l'évasion fiscale est de diminuer les taxes et les impôts, mais il faut du courage politique.

Avec ce projet de loi et l'annonce d'une commission d'enquête sur la construction (dont le mandat change trop souvent), le gouvernement semble utiliser la stratégie du petit pas pour régler les problèmes en construction. Espérons qu'elle va fonctionner, mais avec le pouvoir donné aux syndicats (ou qu'on leur a laissé prendre depuis quelques décennies), ils peuvent paralyser de très gros chantiers en débrayant de façon illégale. Je suis plus un partisan des changements radicaux, mais après tout, le Québec est la province de la Révolution tranquille...

mercredi 7 septembre 2011

Départ de Nathalie Normandeau : jeu de chaise musicale


Nathalie Normandeau, vice-première ministre, ministre des Ressources naturelles et de la Faune et ministre responsable du Plan Nord et de la Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine, vient d'annoncer son départ de la vie politique.

Cette décision était mûrie depuis quelques mois. Jean Charest n'a pas réussi à la retenir, mais elle a accepté d'attendre son retour de l'Asie pour montrer un signe d'unité. La démission tombe mal pour Jean Charest, qui doit faire la promotion de son Plan Nord en guise d'héritage politique, et surtout remonter dans les intentions de vote (même si le Parti québécois connaît des difficultés) tout en contrant la montée du "parti" de François Legault.

Il perd également une autre ministre senior qui faisait la "sale job" pour lui, comme dans le cas de Jacques P. Dupuis. Pire encore, il perd possiblement le comté de Bonaventure, en Gaspésie, où seule Nathalie Normandeau avait la capacité de se faire élire haut-la-main. Sachant qu'il détient une majorité anémique, Jean Charest pourrait perdre la majorité des sièges à l'Assemblée nationale avec une ou deux démissions libérales. Il devra récompenser les récalcitrants.

À court terme, il vient d'annoncer la nomination de Line Beauchamp comme vice-première ministre. Elle devrait bien s'acquitter de la besogne, qui consiste essentiellement en le remplacement du premier ministre lorsqu'il n'est pas en terre québécoise. Clément Gignac vient d'hériter des Ressources naturelles, ce qui ne sera pas facile. Il devra nager dans les eaux troubles des gaz de schiste, du développement minier, des hydrocarbures et d'Hydro-Québec. Fait étonnant, Yves Bolduc, ministre originaire du Saguenay parachuté à Québec, hérite du Bas-Saint-Laurent et de la Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine. Les trois députés libéraux des régions concernées sont déçus de ne pas accéder au Conseil des ministres.

Outre les ministres Gignac et Beauchamp (et un peu Bolduc), le remaniement ministériel touche Sam Hamad, qui devient ministre du Développement économique, et qui est remplacé par Pierre Moreau aux Transports. De plus, Yvon Vallières s'occupera des Affaires intergouvernementales canadiennes et de la Francophonie canadienne.

Pour en revenir à Nathalie Normandeau, elle quitte vraisemblablement pour des motifs personnels. La politique est très exigeante. Sa relation avec Yvan Delorme, ancien chef de la police de Montréal, a pu influencer sa décision. Elle a quand même consacré 16 ans à la vie publique, municipale et provinciale. Peut-être n'est-ce qu'un au revoir de courte durée, qui sait...

dimanche 28 août 2011

Le mythe Legault


On le sait, la politique intéresse peu les gens au Québec. Encore moins au provincial. L'échiquier politique est occupé depuis près de 40 ans par les deux mêmes partis, le Parti québécois et le Parti libéral du Québec, tous deux sociaux-démocrates mais souverainiste et fédéraliste. Autrement dit, c'est la gang du "oui" contre la gang du "non". Qui plus est, depuis le référendum de 1995, l'appui à l'indépendance du Québec n'a jamais dépassé le seuil critique de 45 %. Le PQ n'est donc pas à la veille de déclencher le processus de "libération du Québec", à moins d'être masochiste. Sans un chef très charismatique de la trempe de René Lévesque ou de Jacques Parizeau, le PQ ne réussit pas à convaincre les Québécois du bien-fondé de "la cause". Le parti se rabat donc sur la gouvernance de l'État tout en faisant miroiter la possibilité de tenir un référendum afin de garder ses militants.

Usé par trois mandats d'affilée et le scandale de la construction, le Parti libéral de Jean Charest devrait normalement se faire massacrer dans les sondages. C'était plutôt vrai jusqu'à la fin de la session parlementaire hivernale, moment où cinq députés ont quitté le navire, pour des raisons aussi différentes que la contestation du leadership de Pauline Marois (qui a obtenu plus de 93 % d'appui de ses militants en avril!), le côté entêté du parti à faire la souveraineté et son côté pas assez pressé à le faire. Ajoutons le spectre Legault qui commence à hanter le PQ.

Ils n'ont toujours pas créé leur parti politique, mais les "caquistes" François Legault et Charles Sirois trônent en tête des intentions de vote, avec plus ou moins 40 %, ce qui pourrait leur donner théoriquement un gouvernement majoritaire. Libéraux et péquistes déçus ou déchus frapperaient aux portes du mouvement politique, devant l'ampleur de cette popularité.

C'est justement la base du problème. La Coalition pour l'avenir du Québec représente un certain vent de fraîcheur en politique, mais elle recrute chez les deux partis qui représentent la lassitude des électeurs. En effet, même s'il existe une entente plus ou moins tacite entre les adéquistes et les caquistes, aucun adéquiste n'a annoncé son désir de joindre le mouvement Legault. Même si certaines idées sont intéressantes, elles ne vont pas tellement dans l'idéologie adéquiste, en particulier en santé. Il faut quand même le reconnaître, l'ADQ est le premier parti a avoir parlé de la place du privé en santé, et elle est toujours la seule formation politique au Québec à en parler ouvertement.

L'orientation du mouvement est des plus ambigües, les journalistes la désignant de coalition de centre-droit, tandis que le principal intéressé la définit de gauche efficace. À vouloir inclure tout le monde, le mouvement risque de ressembler à un mélange libéralo-péquiste un peu nationaliste mais pas trop, extrême-centriste. Bref, il représente une façon pour les vieux politiciens de demeurer dans le portrait encore quelques années. De nombreux bloquistes et péquistes ont des contacts réguliers avec François Legault, ce qui laisse planer un doute sur la nouveauté et l'orientation de droite.

Pour le moment, François Legault a plus l'air d'un caméléon qui dit ne pas être contre le privé en santé à CHOI-FM mais qui affirme à Radio-Canada que le fait de donner plus d'argent aux artistes est bon pour l'économie québécoise. Autant dire qu'il s'ajuste à son auditoire. Seuls les droitistes purs du Réseau liberté Québec et les vrais gauchistes de Québec solidaire ne sont pas intéressés par le train Legault.

Si j'étais Jean Charest, je déclencherais le plus tôt possible des élections, pour éviter de perdre des militants et des députés et afin de capitaliser sur la faiblesse du PQ. Mais une chose est sûre : le mouvement Legault donne un second souffle aux deux vieux partis, même s'ils s'en méfient.

jeudi 25 août 2011

Jack Layton (1950-2011)


Jack Layton, chef de l'opposition officielle à la Chambre des communes, s'est éteint le 22 août, entouré de ses proches. Il laisse dans le deuil notamment sa conjointe et collègue du NPD Olivia Chow.

Il a eu une carrière politique très chargée, mais tout de même inachevée. Il aura été chef de l'opposition officielle pendant quelques mois et n'aura pas beaucoup côtoyé sa nouvelle députation. Il a réussi à transformer le NPD d'un parti socialiste relativement marginal à un parti de centre-gauche pragmatique formant l'opposition officielle à Ottawa. Il a complètement transformé la donne au Québec, grâce au recrutement de Thomas Mulcair, à la compréhension de sa particularité et à sa grande détermination. Mais ce que les gens se rappelleront le plus de lui, c'est son sourire intarissable, sa chaleur humaine et son respect de l'adversaire. Il provient en effet d'une famille située à la droite de l'échiquier politique.

En 2003, il succède à Alexa McDonough à la tête du NPD, après une carrière de plus de 20 ans comme conseiller municipal à Toronto. À partir de ce moment, il réussit à améliorer les résultats de ce parti socialiste et à faire des négociations avec les libéraux de Paul Martin et les conservateurs de Stephen Harper en fonction des priorités du parti. Et malgré le traitement d'un cancer de la prostate et une hanche défaillante, il réussit à la surprise générale aux élections de 2011 à pratiquement rayer de la carte le Bloc québécois dans la Belle Province et à devenir chef de l'opposition officielle, grâce à l'obtention de 59 sièges au Québec sur une possibilité de 75.

Quelques semaines après une fin de session parlementaire éprouvante, marquée par les négociations entourant les conflits de travail à Postes Canada et Air Canada, c'est un Jack Layton amaigri avec une voix chancelante qui apparaît devant les médias. Il annonce qu'il souffre d'un deuxième cancer et qu'il doit céder les rennes du parti de façon temporaire. Il suggère la candidature de Nycole Turmel, ancienne présidente de l'Alliance de la fonction publique du Canada, pour assumer ses fonctions par intérim.

Avec le décès de Jack Layton, il faut maintenant lui trouver un successeur. Ce dernier devrait entrer en fonction au début de l'année 2011. Entre autres candidatures, Thomas Mulcair est la plus sérieuse. Il faut un chef bilingue qui connaît bien le Québec et qui a de l'expérience politique, afin d'appuyer les députés néophytes du NPD. Le député ontarien Paul Dewar serait aussi intéressé à entrer dans la course, de même que Libby Davies de la Colombie-Britannique. Il pourrait aussi y avoir des candidatures de l'extérieur, mais elles manqueront de temps pour se faire connaître.

Avant de rendre l'âme, Jack Layton a rédigé une lettre d'adieu. Je vous conseille de la lire, elle est très touchante.


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La lettre d'adieu de Jack Layton



Le 20 août 2011, Toronto, Ontario

Chers amis,

Des dizaines de milliers de Canadiens m'ont fait parvenir des mots d'encouragement au cours des dernières semaines. Je tiens à remercier chacun d'entre vous pour vos cartes, vos notes et vos cadeaux si magnifiques, si inspirants, si attentionnés. Vos bons sentiments et votre amour ont éclairé mon foyer et ont renforcé mon courage et ma détermination.

Malheureusement, mes traitements n'ont pas eu les effets escomptés. Je remets donc cette lettre à Olivia afin qu'elle la partage avec vous dans l'éventualité où je ne pourrais continuer.

Je recommande que Nycole Turmel, députée de Hull-Aylmer, continue son travail à titre de chef intérimaire jusqu'à ce qu'une ou un successeur(e) soit élu(e).

Je recommande au parti de tenir un vote quant au leadership du parti le plus tôt possible dans la nouvelle année, en s'inspirant de l'échéancier de 2003, afin que notre nouveau ou nouvelle chef ait amplement le temps de reconsolider notre équipe, de renouveler notre parti et notre programme, et puisse aller de l'avant et se préparer pour la prochaine élection.

Quelques mots additionnels :


Aux Canadiens qui se battent contre le cancer pour continuer à profiter pleinement de la vie, je vous dis ceci : ne soyez pas découragés du fait que ma bataille n'ait pas eu le résultat espéré. Ne perdez pas votre propre espoir, car les thérapies et les traitements pour vaincre cette maladie n'ont jamais été aussi évolués. Vous avez raison d'être optimistes, déterminés et convaincus face à la maladie. Mon seul autre conseil est de chérir tous les moments passés auprès de ceux qui vous sont chers, comme j'ai eu la chance de le faire cet été.

Aux membres de mon parti : nous avons obtenu des résultats remarquables en travaillant ensemble au cours des huit dernières années. Ce fut un privilège d'être le chef du Nouveau Parti démocratique et je suis très reconnaissant pour votre confiance, votre appui et vos innombrables heures consacrées à notre cause. Il y a des gens qui vont essayer de vous convaincre d'abandonner notre cause. Mais cette dernière est bien plus grande qu'un chef. Répondez-leur en travaillant encore plus fort, avec une énergie et une détermination sans précédant. Rappelez-vous de notre fière tradition de justice sociale, de soins de santé universels, de régime de pensions publiques, et des efforts que nous faisons pour nous assurer que personne ne soit laissé pour compte. Continuons d'aller de l'avant. Démontrons dans tout ce que nous faisons au cours des quatre prochaines années que nous sommes prêts à servir les Canadiens en formant le prochain gouvernement.

Aux membres de notre caucus : j'ai eu le privilège de travailler avec chacun d'entre vous. Nos rencontres du caucus ont toujours été le moment fort de ma semaine. Cela a été mon rôle d'exiger le plus possible de votre part. Et maintenant je le fais à nouveau. Les Canadiens vous porteront une attention toute spéciale dans les mois à venir. Chers collègues, je sais que vous rendrez les dizaines de milliers de membres du NPD fiers en démontrant la même éthique de travail et la solidarité qui nous ont mérité la confiance de millions de Canadiens lors de la dernière élection.

À mes concitoyens québécois : le 2 mai dernier, vous avez pris une décision historique. Vous avez décidé qu'afin de remplacer le gouvernement fédéral conservateur du Canada par quelque chose de mieux, il fallait travailler ensemble, en collaboration avec les Canadiens progressistes de l'ensemble du pays. Vous avez pris la bonne décision à ce moment-là. C'est encore la bonne décision aujourd'hui et restera la bonne décision au cours des prochaines élections, lorsque nous réussirons, ensemble. Vous avez élu une superbe équipe de députés du NPD qui vous représenteront au Parlement. Ils vont réaliser des choses remarquables dans les années à venir afin de faire du Canada un meilleur pays pour nous tous.

Aux jeunes Canadiens : toute ma vie j'ai travaillé pour améliorer l'état des choses. L'espoir et l'optimisme ont caractérisé ma carrière politique, et je continue à être plein d'espoir et d'optimisme quant à l'avenir du Canada. Les jeunes Canadiens ont été une grande source d'inspiration pour moi. J'ai rencontré plusieurs d'entre vous et discuté avec vous de vos rêves, de vos frustrations, et de vos idées de changement. De plus en plus d'entre vous être impliqués en politique parce que vous voulez changer les choses pour le mieux. Plusieurs d'entre vous avez choisi de faire confiance à notre parti. Alors que ma carrière politique s'achève, j'aimerais vous transmettre toute ma conviction que vous avez le pouvoir de changer ce pays et le monde. Plusieurs défis vous attendent, de l'accablante nature des changements climatiques à l'injustice d'une économie qui laisse tant d'entre vous exclus de la richesse collective, en passant par les changements qui seront nécessaires pour bâtir un Canada plus solidaire et généreux. Votre énergie, votre vision et votre passion pour la justice sont exactement ce dont ce pays à aujourd'hui besoin. Vous devez être au coeur de notre économie, de notre vie politique, et de nos plans pour le présent et pour l'avenir.

Et finalement, j'aimerais rappeler à tous les Canadiens que le Canada est un magnifique pays, un pays qui représente les espoirs du monde entier. Mais nous pouvons bâtir un meilleur pays, un pays où l'égalité, la justice et les opportunités sont plus grandes. Nous pouvons bâtir une économie prospère et partager les avantages de notre société plus équitablement. Nous pouvons prendre mieux soin de nos aînés. Nous pouvons offrir à nos enfants de meilleures perspectives d'avenir. Nous pouvons faire notre part pour sauver l'environnement et la planète. Nous pouvons réhabiliter notre nom aux yeux du monde. Nous pouvons faire tout ça parce que nous avons enfin un système de partis politiques fédéraux qui nous offre de vrais choix; où notre vote compte; où en travaillant pour le changement on peu effectivement provoquer le changement. Dans les mois et les années à venir, le NPD vous proposera une nouvelle et captivante alternative. Mes collègues du parti forment une équipe impressionnante et dévouée. Écoutez-les bien, considérez les alternatives qu'ils proposent, et gardez en tête qu'en travaillant ensemble, nous pouvons avoir un meilleur pays, un pays plus juste et équitable. Ne laissez personne vous dire que ce n'est pas possible.

Mes amis, l'amour est cent fois meilleur que la haine. L'espoir est meilleur que la peur. L'optimisme est meilleur que le désespoir. Alors aimons, gardons espoir et restons optimistes. Et nous changerons le monde.

Chaleureusement,

Jack Layton

samedi 16 juillet 2011

Le programme de Québec solidaire


Lors du dernier congrès du parti Québec solidaire, un cahier de propositions a été remis aux participants. Malheureusement, il a été retiré du site Web, mais il a été récupéré par une âme charitable. Il est possible de le consulter ici. Je remercie le site www.lesanalystes.ca de l'héberger.

En le scrutant à peine, on y trouve des perles! Par exemple, on y propose la décroissance économique : "Au Québec comme dans tous les pays industrialisés, une croissance économique sans fin est au plan biophysique et non souhaitable du point de vue de l’épanouissement des individus. Il faut prendre des mesures immédiates pour entrer en décroissance." Pourquoi n'y a-t-on pas pensé avant? Tout irait mieux sur la Terre! On pourrait aussi "interdire tout nouveau développement hydro-électrique", ou encore s'attaquer aux banques pour lutter contre la richesse : "Pour éliminer complètement l’influence du pouvoir financier privé, nous procéderons à une nationalisation complète du système bancaire."

Si on veut éliminer la pauvreté, c'est simple, augmentons le salaire minimum à 16 $ dollars de l'heure. Rien de plus simple! Il s'agit de "fixer immédiatement le salaire minimum au seuil de faible revenu pour une personne qui travaille à temps plein puis l’amener à 50% au-dessus du seuil de faible revenu". Et si on veut moins de pauvreté, il faut s'attaquer aux riches et " instaurer une rémunération maximale" et aussi "limiter la transmission d’avoirs financiers par voie d’héritage".

Et voilà, si vous votez pour Québec solidaire, il n'y aura plus de pauvreté! Ce parti sait s'attaquer aux vraies choses!

P.S. : Je tiens à préciser que ces propositions n'ont pas nécessairement été adoptées par les instances officielles du parti.

lundi 13 juin 2011

L'avenir du Parti libéral du Canada


La débâcle des élections du 2 mai est simple à illustrer : c’est le pire résultat de l’histoire du Parti libéral du Canada. Au Québec, il ne lui reste que quelques députés à Montréal. À court terme, le parti n’envisagera pas de fusion avec le NPD, car il n’accepterait jamais de se fusionner avec un parti qui compte plus de députés. C'est la même chose pour le NPD, qui savoure l'opposition officielle. Bob Rae vient d'être désigné chef par intérim pour une période d'un an et demi. Le parti a raison de prendre son temps avant de nommer un chef permanent. À quoi bon en brûler un autre, qui sera de toute façon chef du deuxième parti d'opposition pendant quatre ans? Il vaut mieux rebâtir et attendre qu'un chef émerge du parti.

Maintenant, à moyen et à long terme, pourquoi ne pas songer à une fusion avec le NPD? Le Parti libéral aura de la difficulté à être majoritaire avec une division de la gauche. De toute façon, sauf sous le court règne Paul Martin, il a toujours penché plus du côté de la gauche que de la droite. Évidemment, certains libéraux de centre-droit seront tentés de se joindre aux conservateurs, mais le gain chez les néodémocrates en vaudra grandement la peine.

Le Parti libéral doit aussi revoir sa position constitutionnelle. Si l'attitude hyper-centralisatrice des libéraux a fonctionné sous l'ère Trudeau-Chrétien, le repositionnement du Québec de l'axe sur la souveraineté vers l'axe gauche-droite désavantage grandement ce parti, qui n'a plus sa raison d'être au Québec et en Ontario, et qui est trop à gauche pour l'Ouest canadien. Il ne faut pas oublier que le scandale des commandites provient de cette manie de mettre des drapeaux du Canada à différents événements pour augmenter l'appui au fédéralisme. Donc, à moins d’une autre crise constitutionnelle, les libéraux doivent incarner une alternative gauchiste aux conservateurs pour remonter. Et pour cela, ils devront aller chercher le Québec, dont les électeurs sont généralement en accord avec les mesures de centre-gauche.

samedi 21 mai 2011

L'avenir du Bloc québécois


À la suite de sa maigre récolte de quatre sièges, le Bloc québécois doit faire un sérieux examen de conscience et songer à son avenir. Heureusement, rien ne presse, il dispose d'un mandat majoritaire pour y songer. Aucune option ne doit être écartée. Un récent sondage doit les encourager : l’appui à la cause souverainiste n’a pas diminué, il se situe autour de 43 pour cent. De plus, la vague orange ne traduit pas une dérive de l’électorat vers la gauche ou vers le fédéralisme.

Ce résultat difficile à digérer mettra en branle une vaste réflexion, qui, à l’image de ses militants, sera bruyante et compliquée. Des ténors souverainistes songent à renommer le Bloc le Parti québécois et à garder le même chef pour les deux partis politiques. Pour l’instant, Pierre Paquette a déjà manifesté son intérêt à succéder à Gilles Duceppe, mais c’est un peu rapide. Le Bloc québécois n'est plus reconnu à l'Assemblée nationale, ce qui diminuera les budgets de recherche et les questions.

jeudi 5 mai 2011

Analyse des élections fédérales


Je suis franchement surpris que le résultat des élections en étonne plusieurs, y compris des analystes politiques expérimentés. Bien plus que la déconfiture du Bloc québécois et du Parti libéral du Canada, ces élections confirment un réalignement de l'échiquier politique canadien, et j'oserais dire québécois.

Traditionnellement, dans la grande majorité des pays démocratiques, les principaux partis politiques se sont définis en fonction de l'axe gauche-droite, qu'elle soit économique ou morale. Or, le Canada, depuis les années Trudeau et Lévesque, se définissait plutôt en fonction de la position constitutionnelle du Québec, d'où la force du Bloc québécois.

Lundi, avec l'élection d'un gouvernement conservateur majoritaire et la formation du NPD comme opposition officielle, nous avons assisté à une polarisation droite-gauche. La chute du Parti libéral n'est pas étrangère à ce changement. Les principaux sièges arrachés par les conservateurs et les néodémocrates au profit des "partis constitutionnels" l'ont été au Québec et en Ontario, les deux provinces les plus sensibles à cette question.

Il reste maintenant à voir si ce bouleversement se répercutera à Québec. Si oui, l'Assemblée nationale pourrait accueillir des députés de Québec solidaire et de l'ADQ en plus grand nombre qu'actuellement. François Legault doit frétiller à cette idée.

mardi 3 mai 2011

Résultat des élections fédérales


Stephen Harper obtient un gouvernement majoritaire. Jack Layton devient chef de l'opposition pour la première fois de l'histoire du NPD. Le Parti libéral s'effondre. Gilles Duceppe démissionne de son poste de chef du Bloc québécois, qui est pratiquement rayé de la carte. Elizabeth May devient la première députée du Parti vert.

Cette élection laisse entrevoir un bouleversement du spectre politique. L'opposition traditionnelle souverainiste-fédéraliste (Bloc québécois-Parti libéral) devient maintenant une opposition droite-gauche (Parti conservateur-NPD).

Il n'y a pas beaucoup de changement dans l'Ouest canadien, ni dans les Maritimes. La plupart des gains ont été obtenus en Ontario et au Québec. D'une part, la division du vote de gauche en Ontario a donné aux conservateurs le nombre de députés nécessaires à un gouvernement majoritaire. D'autre part, la vague orange au Québec a permis à Jack Layton de devenir le chef de l'opposition.

Il reste à voir ce qu'il arrivera avec le Parti libéral et le Bloc québécois. Les deux chefs n'ont pas été élus dans leurs circonscriptions. Avec un gouvernement majoritaire, ils auront le temps de songer à leur avenir. La tentation sera forte de relancer le débat sur une fusion de la gauche, mais le Parti libéral n'a plus le gros bout du bâton.

Est-ce que ces résultats annoncent l'avenir de la politique à Québec? Assisterons-nous aussi à un repositionnement de l'échiquier politique? Est-ce que l'opposition sur la Constitution cèdera le pas à celle sur le débat gauche-droite, donc entre une opposition entre l'ADQ et Québec solidaire? Il est encore trop tôt pour se prononcer.

mercredi 27 avril 2011

La remontée du NPD


Et voilà! Avec la remontée spectaculaire du NPD au Canada, en particulier au Québec, et la descente aux enfers du Parti libéral, le Bloc n'a plus sa "raison d'être". En effet, Gilles Duceppe ne peut plus se plaindre du caractère centralisateur des libéraux, ni de la politique de Bush des conservateurs, car les néodémocrates sont en mesure de s'y opposer en formant une dualité droite-gauche.

Il aura fallu quand même 20 ans avant que le Bloc n'atteigne sa date de péremption. Le chef a réussi de façon magistrale à s'adapter à la montée du Parti conservateur en le diabolisant, tout en continuant à dénoncer les libéraux et en conservant les militants souverainistes.

Il reste à savoir si le Parti conservateur sera majoritaire aux prochaines élections. À égalité avec le PLC, le NPD peut lui procurer le nombre de sièges nécessaires, mais s'il continue sur sa lancée, il pourrait venir brouiller les cartes. Si le gouvernement est majoritaire, il pourrait y avoir à moyen terme une fusion entre le NPD et le PLC afin de barrer la route à la droite. Il faut admettre que les programmes des deux partis se ressemblent en plusieurs points. Les libéraux ont viré vers le centre-gauche depuis le départ de Paul Martin.

Le NPD doit encore convaincre l'Ontario de sa pertinence. La province a de très mauvais souvenirs de Bob Rae, qui l'a fortement endettée lorsqu'il formait un gouvernement néodémocrate.

Qui a dit que l'élection ne servait à rien?

À suivre!

dimanche 20 mars 2011

Le budget Bachand


Raymond Bachand a présenté jeudi dernier le budget du gouvernement du Québec. il n'y a pas de surprise majeure, mais de nombreux aspects méritent d'être analysés. La situation financière du Québec continue d'être précaire.

Le déficit du budget

Soulignons en premier lieu que le budget n'est toujours pas équilibré et que le déficit prévu s'élèvera à 3,8 milliards de dollars. Par contre, le ministre Bachand garde le cap sur le retour à l'équilibre budgétaire en 2013-2014, mais on peut grandement en douter. Il va falloir couper radicalement dans la fonction publique ou augmenter fortement les taxes et les tarifs pour y arriver. En effet, cette année, le gouvernement n'a pas profité de la croissance économique plus élevée que prévue, car il n'a que limité la croissance des dépenses à 3,7 %, malgré des "efforts" de l'appareil étatique. Évidemment, l'Alliance sociale s'oppose au retour à l'équilibre budgétaire car elle craint des coupures dans la fonction publique. Ce groupe est préoccupé par tous les principes d'équité, sauf l'équité intergénérationnelle. J'y reviendrai plus tard en commentant les hausses des cotisations à la Régie des rentes du Québec.

Portrait de la situation financière du Québec

La dette québécoise est maintenant de 234 milliards de dollars. Les syndicats traitent souvent ceux qui la soulignent d'alarmistes, mais elle représente maintenant quand même 110 % du PIB annuel du Québec, si on tient compte de la part du fédéral, ce qui fait de la province la cinquième"nation" la plus endettée du monde industrialisé. Parmi les quatre premières figure la Grèce, qui est à toute fin pratique en faillite technique. Le service de la dette (c'est-à-dire le paiement des intérêts de la dette) est le troisième poste budgétaire en importance, (10,1 % en 2010-2011), les deux premiers étant la Santé (47,5 %) et l'Éducation (25,4 %). Ajoutons l'argent de la péréquation qui provient du reste du Canada (essentiellement de l'Ouest), et le Québec serait en faillite technique s'il sortait de la fédération. Voilà un argument de plus à donner à Gilles Duceppe pour ne pas se séparer!

Équité intergénérationnelle

Le ministre n'avait pas le choix de bonifier les cotisations à la Régie des rentes, me direz-vous. C'est vrai. De 9,9 %, les cotisations passeront à 10,8 %. Au rythme auquel nous allions, la caisse allait être à sec en 2039. Ce changement permettra de gagner quelques années, mais ce n'est pas suffisant. Il faudra probablement les augmenter encore une fois dans quelques années. Toutes les calculs actuariels vont dans ce sens : vieillissement de la population, réduction du nombre de travailleurs, augmentation de l'espérance de vie, taux de natalité peu élevé. Il aurait quand même fallu commencer il y a environ dix ans, pour obtenir un semblant d'équité intergénérationnelle. Car en bonifiant ces cotisations, ce sont presque uniquement les travailleurs des générations X et Y qui devront les assumer. En effet, une bonne partie des baby-boomers ont déjà pris ou prendront leur retraite prochainement.

D'autre part, les frais de scolarité seront bonifiés de 325 dollars par session sur cinq ans. Je vois globalement d'un bon oeil cette nouvelle, car ces hausses permettront de rattraper la moyenne canadienne, qui est de 4 917 $ par année, tandis qu'elle s'établit à seulement 2 272 $ au Québec. Les universités ont un grave problème de sous-financement, et les hausses devraient leur permettre de respirer un peu. Cependant, elles s'ajoutent au poids de la prochaine génération, qui devra assumer les hausses des cotisations à la RRQ, des taxes et des tarifs de toutes sortes.

Des mesures

Pour corriger les problèmes financiers du Québec, le gouvernement annonce des mesures, que certains qualifieront de mesurettes. Tout d'abord, il va chercher plus d'argent en imposant des redevances gazières jusqu'à 35 pour cent à l'industrie du gaz de schiste. Ensuite, la TVQ sera haussée, en plus de l'arrivée de la taxe santé. Ces mauvaises nouvelles pour les contribuables ont été annoncées lors du budget précédent.

Par ailleurs, pour garder plus d'employés au travail, le gouvernement incitera les travailleurs de plus de 65 ans à retarder leur retraite en leur octroyant un crédit d'impôt, et il pénalisera ceux qui prennent leur retraite avant l'âge de 65 ans. C'est évidemment une bonne idée, mais encore une fois, le gouvernement est 10 ans en retard, car une bonne proportion de baby-boomers auront déjà pris leur retraite lorsque ces mesures entreront en application.

D'autre part, pour remédier au faible taux de natalité, le gouvernement annonce 15 000 nouvelles places en garderies. Elles n'ont toutefois par encore été détaillées.

C'est connu, les Québécois n'épargnent pas suffisamment. Le gouvernement a donc annoncé un régime volontaire d'épargne retraite, qui favorisera l'épargne, espère-t-il. Encore une fois, ce n'est pas une mauvaise idée en soi, mais il faudra voir si le jeu en vaut la chandelle. Ce genre d'encadrement engendre toujours des coûts astronomiques pour l'État. Il serait beaucoup plus simple de réduire les taxes et les impôts pour augmenter l'épargne des ménages.

Le Plan Nord

On l'attendait depuis plus de deux ans, ce fameux Plan Nord! On commence maintenant vaguement à savoir ce dont il s'agit, mais c'est un projet à très long terme. Il se résume à quelques expressions : développement du Nord, ressources naturelles, construction de route et autochtones. Ne m'en demandez pas plus!